Les 3 cols

PROMENADE DANS LES MONTS DU LYONNAIS

 

Une première randonnée dans les monts du Lyonnais, au départ de Saint Pierre la Palud, plutôt de la commune de Sain Bel, lieu-dit « le grand Bélichon »ou se trouve notre cabane.

 

Bonjour, je m’appelle SALLY, je suis l’aïeule de la famille bourricôtière (30 ans au calendrier de mes dents) de l’ÂNERIE de Saint Pierre la Palud. Pour ceux qui se poseraient des questions sur les fanfreluches qui me pendent sur le museau, sachez que je ne porte pas le voile, mais j’ai les yeux sensibles et donc je me protège du soleil et surtout des mouches. Je vais vous raconter notre première grande promenade, je n’ose pas dire randonnée, je trouve le mot un peu exagéré.

Mon maître ROLAND est tout excité à la pensée de partir sur les chemins et dans les bois tel les aventuriers explorateurs du 18 eme siècle, cette promenade est une première, jusqu’ ici nous étions partis nous promener pour des sorties de 2 ou 3 heures maximum et croyez- moi avec peu de terrain parcouru, car, j’adore brouter de ci de là, une touffe d’herbe fraîche, un chardon au bout du chemin, une carotte sauvage. J’avoue humblement que ma conductrice favorite Marie lou, n’ose pas m’interdire mes écarts il faut respecter les vieux, non ?et puis entre nous il y a osmose je ne sais pas si je peux vous dévoiler ici notre secret, êtes vous capable de ne pas le répéter ? Son nom de jeune fille est BAUDET, nous sommes presque de la même famille

ROSE MARIE, ma maîtresse, a préparé les rations de survie : saucisson et pâté de tête maison, fromages de chèvre de la ferme sans oublier pour se rincer la glotte une bonne bouteille de rosé, car nous partons pour la journée, départ 8 heures, retour à la fin de l’aventure.

PRALINE ,ma fenotte, est fière avec le bât tout neuf et les belles sacoches, moi j’ai droit aux paniers provençaux, j’aime bien c’est plus léger et plus commode que le bât qui vous sert le ventre, je le répète je suis une bête âgée et j’ai besoin de mes aises.

Nous avons laissé MANON seule dans le terrain car elle n’est pas encore habituée aux promenades, son passé de bête martyrisée revient à la surface et le moindre bruit, le geste superflu risque de tourner à la catastrophe.

Nous quittons l’ÂNERIE et nous prenons le chemin caillouteux et pentu qui nous emmène sur la route du martinet, et nous passons devant la ferme de Monsieur BOURRIN, ce n’est pas une blague je vous jure, mais vous l’avouerez, deux ânes qui passent devant chez Bourrin ce n’est pas ordinaire. Nous continuons à monter en direction de la chandelière (400m). Mes maîtres sont sans pitié pour la pauvre vieille bourrique que je suis. En haut de la côte nous avons droit à notre première pause dans un grand verger de cerisiers, le sol est tapi de gros pissenlits et de trèfles serrés comme des parisiens dans le métro, un vrai régal.

Quinze minutes de pause et ça repart, ROLAND est intransigeant il y a un timing à respecter, tu parles je suis sur que tout ça c’est pour ne pas être en retard pour le casse croûte qu’il a prévu à saint bonnet le froid. Après des tours et des contours, d’ailleurs je rigole car mon maître est incapable de me redire où il nous a fait passé et presque trépassé, des chemins, des sous bois, des prés, encore des sous bois. Les sous bois c’est l’endroit que je préfère il y fait frais et il y a toujours une ronce à ma portée sur le bord du chemin. A onze heures nous arrivons au col de Malval (732m). En route pour Saint Bonnet le Froid par la Berlandine (791m). Midi nous arrivons à destination, deuxième pause de la promenade, et là tombe le bât, le haut sera pour la prochaine fois, et pendant que les deux pattes se gavent de cochonnailles, nous les quatre pattes, nous allons sous les futaies voisines brouter l’herbe douce et fraîche.

Quatorze heures nous repartons, pour ne pas subir la chaleur du soleil nous traversons la forêt domaniale de Saint Bonnet le Froid et nous arrivons au col de la Luère (715m). C’est moins fatiguant puisque l’on descend. De temps en temps nous croisons des promeneurs et nous sommes l’attraction du moment, les gens sont surpris de nous voir Praline et moi belles et bien bâtées, accompagnées de nos maîtres au pas de l’âne, chaque fois cela provoque une discussion et qui dit discussion dit arrêt, qui dit arrêt, dit broute le long du chemin. Nous arrivons bientôt au col de la Croix du Ban (604 m). Nous attaquons la descente sur Saint Pierre la Palud par les bois, nous rejoignons le vieux bourg, et ensuite Saint Pierre la Palud que nous traversons en conquérant, comme si nous avions découvert un nouveau monde, mais au contraire c’est le monde et la population de Saint Pierre qui nous découvraient, ils avaient apparemment jamais vu un équipage pareil et les gens nous regardaient traverser le village avec des yeux ébahis. Les enfants courraient derrière nous et demandaient pour nous caresser, certains même voulaient monter sur notre dos, je laissais ce plaisir à PRALINE, moi j’en avais plein les sabots, pour ne pas dire plein le dos. Un monsieur âgé s’est approché, il avait presque les larmes aux yeux, mais son visage rayonnait de bonheur « j’ai l’impression de rajeunir de soixante ans dit t’il d’une voix rocailleuse et sanglotante, ça me rappelle les ânes de mon grand père quand il emmenait le lait à la fruitière après la traite du soir ». Nous avons eu droit à de grandes caresses et même à un bisou sur le museau, j’en ai presque rougi, pensez à mon age on a plus l’habitude de ces fredaines. Aller courage, encore quelques kilomètres et dans une heure, nous aurons retrouvé notre cabane et notre copine MANON, nous lui raconterons notre ballade et je suis sur que ça lui donnera envie de participer à la prochaine randonnée .Un bon coup d’étrille et de brosse, une ration d’orge et une croûte de pain en friandise et nous pouvons profiter d’un repos bien mérité. A la prochaine.SALLY

PS : les textes sont écrits par Roland, car les touches de l’ordinateur sont trop petites pour mes sabots ! Les photos sont de Rose Marie et les décors sont de dame nature.