Un pélerin et deux bourricots

INTRODUCTION.

 

 
Partir, partir un jour, sans se retourner et peut-être ne plus jamais revenir, n’est-ce pas le rêve inavoué de beaucoup d’humains, heureux ou malheureux, riches ou pauvres ? N’y a-t-il pas toujours cette sournoise petite voix qui invite à la désobéissance ? En tout cas, à sortir des sentiers battus ?
 
C’est le grand jour, après une foule de contretemps, de retards, d’empêchements futiles, créés d’ailleurs  à plaisir. (Si le désir de partir est grand,  le premier pas est toujours le plus difficile à faire). Je vais enfin partir, malheureusement, dans un premier temps ; tant pis pour vous, j’ai prévu de revenir. En guise de sentiers battus, le mien de chemin aura déjà été vaincu et emprunté par des milliers de pèlerins depuis des siècles.
 
COMPOSTELLE : Le chemin de Saint Jacques de Compostelle, quelle aventure ! Je pars demain,  Il y a de multiples endroits de départ, et  un seul lieu d’arrivée : SANTIAGO de COMPOSTELA.
 
Les  pèlerins étrangers partent de Belgique, d’Allemagne ou de Suisse ; les pèlerins français partent de Cluny ou du Puy-en-Velay. Il y a une “ foultitude“ de chemins divers et variés. Le principal dans la démarche, qu’elle soit sportive ou religieuse, est de partir d’un endroit choisi, et surtout d’arriver au bout de la route, au bout de ses souffrances, au bout de ses joies, au bout de ses rêves……
 
Pour simplifier les choses et surtout ne pas les compliquer, je vais partir du seuil de ma maison. Les pèlerins des siècles passés partaient bien de chez eux pour se rendre à un lieu de départ. Je partirai donc de Saint-Pierre la-Palud. Comme je vous le disais pour me simplifier la fuite, nous avons ouvert avec mon voisin et néanmoins ami, une bretelle au départ de l’Arbresle. Elle rejoint, via Sain-Bel, le col de Malval, la croix de Pars, le chemin de Compostelle en provenance de Lyon à la jonction de Saint-Martin-en-Haut, village célèbre des Monts du Lyonnais pour ses charcuteries diverses et variées. Cet ami et pèlerin hors pair se nomme : PAUL NERI. Il a déjà parcouru le chemin, il y a deux ans, en entier, d’une seule traite. 1600 kilomètres en 50 jours : le rêve.
 
Cette année pour moi, ce premier voyage sera plus court ; je me contenterai sagement de relier en 7 étapes, Saint Pierre-La-Palud au Puy. Ce premier voyage sera  une initiation, l’entrainement pour 2009
 
Le PUY >>>> Les PYRENEES >>>> COMPOSTELLE.
 
Je vais fermer et claquer la porte derrière moi, accrocher les clefs sur le clou et me diriger droit devant, les yeux rivés sur l’horizon. Sans me retourner, pour oublier le temps de mon voyage, la médiocrité de ma vie, briser la routine quotidienne. Je vais chercher, si elle existe encore dans ce monde, anéantie par la télévision et la voiture,  une certaine aventure. Il me semble que l’on peut se faire l’aventure que l’on veut bien ; on peut la trouver à chaque pas, la dénicher derrière chaque arbre de la forêt, après chaque détour de route ou de bois.  À la traversée d’un hameau ou d’un village, perdu au fond d’un océan de verdure et de silence.
 
« Je ne voyage pas pour aller quelque part, mais pour voyager ; je voyage pour le plaisir du voyage. L’essentiel est de bouger ; d’éprouver d’un peu plus près les nécessités et les aléas de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, et de sentir sous ses pieds le granit terrestre avec, par endroit le coupant du silex. »                                                                           (Robert .Louis. STEVENSON).
 
Déjà, en 1878, ce jeune notable écossais  éprouvait le besoin de retrouver la nature dans sa plus simple expression.
 
La pierre qui roule sur le chemin n’amasse pas de mousse, mais elle est le témoin du passage de tous les pèlerins, pliés sous la charge de leur sac à dos, avançant, le regard fixé droit devant eux sur une ligne imaginaire que l’on appelle l’horizon et que moi, j’appellerai :  Liberté.
 
Depuis des mois, presque une bonne année, les sacoches se préparent, les bâts et les tapis ont été fabriqués, les sangles en cuir des licols et des harnachements cousus à la main, les longes tressées minutieusement. Tout est prêt. La tente, le matelas et le duvet sont roulés dans des boudins de toile, fabriqués sur mesure. Le havresac, récupération de deux musettes des surplus militaires cousues ensemble contient le matériel d’entretien et la pharmacie de secours. Une pelle pliante, une machette, un parapluie de berger sont attachés aux sacoches et l’indispensable “Bourdon“ de marche sculpté dans un jeune frêne sera rivé dans mon poing.
 
Qu’ils me pardonnent ! J’oublie de vous présenter les deux compagnons de voyage de mon périple initiatique. Je suis secondé par mes deux sacs à dos à quatre pattes ; j’ai  nommé le sieur AMANDIN,  hongre de 9 ans de race  «Provence » et la damoiselle « PRALINE », belle ânesse de race « Bourbonnaise »de 6 ans. Ils m’escorteront dans ma quête d’aventure dont ils seront aussi les acteurs. Ils auront la responsabilité de me porter les bagages, la tente, le couchage et les vivres. En gros, tout ce dont un pèlerin a besoin. Il y aura même le superflu ! Abondance de moyens ne nuit pas au pèlerin.
 
Depuis une bonne année, nous sillonnons ensemble les chemins de Saint Pierre. Bientôt, nous parcourrons les chemins de Saint Jacques. La plupart des habitants du village ne sont d’ailleurs plus surpris de me voir déambuler avec mes deux comparses dans la campagne environnante. Certains réservent tout de même leur diagnostic et me prennent  pour un fou furieux. Il est plus courant de voir  des humanoïdes, se la jouant «  TERMINATOR » bottés et casqués, en  MOTO ou en QUAD !
 
Pauvres pithécanthropes, que le ciel et la terre les absolvent ! Ils ne comprennent pas que la compagnie de deux baudets, est bien plus enrichissante et bien plus passionnante que la fréquentation de bien des humains.
 
Les mentalités ont évolué pourtant ; l’âne est souvent associé à des idées plutôt négatives : c’est pour beaucoup, un animal bête et têtu, quelquefois borné. Il existe des sculptures et des gravures anciennes, qui nous ramènent en arrière, il y a très longtemps où il fut vénéré et très présent. Aujourd’hui, il nous rattrape ! L’âne, le cheval du pauvre, serait-il le reflet de toutes nos faiblesses, de nos défauts et de nos perversions ?
 
Et s’il avait décidé, tout simplement, de nous accompagner le plus loin possible pour nous indiquer les bons chemins ?

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Qui fait l’âne ne doit pas S’étonner.
Que les autres lui montent dessus !
Proverbe chinois

 1 ère étape, Dimanche  27 Avril 2008

 

SAINT PIERRE- LA -PALUD >>> SAINT MARTIN–EN-HAUT.

30 kilomètres.

C’est le grand jour, départ en fanfare de la maison à 8H précises ; il y a déjà 2 bonnes heures que je suis sur le pont, révision de la “check-list“ vérification des sacoches, AMANDIN et PRALINE sont brossés, les pieds manucurés. Les bâts sont en place, les sacoches attachées, les boudins de tente sont arrimés au-dessus. Les longes de nuit, le sac de grains, la réserve d’eau et les seaux, terminent  le chargement avec les gourdes, une pour l’eau fraîche et une, remplie d’un bon Saint Joseph. Lorsque l’on part pour un pèlerinage comme Compostelle, il ne faut pas ménager les saints et s’entourer d’eux au maximum. Je pars de saint Pierre, sur le chemin de saint Jacques, la gourde  remplie de Saint Joseph. Il ne me reste qu’à prier saint Médard pour avoir le beau temps ! Réflexion faite, heureusement que j‘ai mes deux compagnons de voyage en guise de porte-bagages, car je me demande ou j’aurais mis tout mon barda.

Avant de partir, je me dois de vous présenter succinctement mon village : Saint Pierre la Palud, est une commune du canton de l’Arbresle. Il est implanté au pied du col de la Luere et de la Croix du Ban. Il s’étale sur un dénivelé de prés de 500 mètres. C’est une ancienne cité minière, Les mines de Saint Pierre la Palud étaient exploitées aux moyen-âge par Jacques Cœur. Au début du XX eme siècle, on y produisait 70 % de la pyrite Française (souffre). Elles ont cessée toute activité en 1972. Il existe encore aujourd’hui le puits métallique Perret. On peut visiter le site grâce à un musée de la mine ; il présente l’extraction minière dans les monts du Lyonnais. Sur le territoire de la commune, des vestiges de l’ancien aqueduc romain de la Brevenne, sont encore visible, notamment au Thus des Sarrazins. Un château du XIX eme siècle est perché au hameau de la Pèrolliére.

Rose Marie, la compagne de mes jours, ma chère et tendre moitié a décidé de faire un bout de chemin pour la première étape ; je suis ravi car j’aimerais bien qu’elle m’accompagne dans mes randonnées “bourricôtière“. Mais ce n’est pas son truc ; elle c’est plutôt le Sudoku et les Mots Croisés (surtout lorsqu’on se dispute) ; alors contentons- nous de cette belle journée. Paul en randonneur averti fera le troisième larron.

Mon petit doigt m’avait informé que d’autres lascars me réservaient une surprise…… Eh bien mes aïeux ! La surprise est de taille et surtout en nombre : Nicole et Jean-Claude Scarmagnan, mes voisins d’en dessous comme ils aiment se qualifier. Cédric et Bénédicte Leroy, ma secrétaire unique et préféré de  l’A S M sont la aussi et c’est une performance, car ils aiment bien leur lit le dimanche matin ; Bernard Muselle, le garde chasse de Saint pierre s’est joint à cette fine équipe, et puis, je ne peux l’oublier, il y a aussi, Brigitte, ma Bri-Bri d’amour  brandissant une banderole, où est écrit :

«KM 0  =  BON VOYAGE ROLAND TON FAN CLUB de CHANTEGRILLET ».

 

         Il est bon d’avoir quelques amis, cela réchauffe le  cœur, quoique je les soupçonne d’espérer ne plus me revoir, ou tout au moins, le plus tard possible ; ne plus me supporter leur fera des vacances.
Pensant qu’il me manquerait quelques menues victuailles, chacun a apporté son écot ; biscuits secs, tablettes de chocolat rejoignent les pâtes, saucisson et autres confitures, au fond des sacoches. Il  y a même un coquin qui y glissera insidieusement une bouteille de “gnole“. Je suppose qu’il pense que, dans mes grandes soirées de solitude, je noierai  mon cafard, à l’aide de la “dive bouteille“. (Il n’avait pas tort !)

Il y en a deux qui, par-contre me regardent d’un sale œil, car à force de rajouter du poids dans les sacoches, ça commence à peser copieusement.

Le ciel est bleu, le soleil brille, les oiseaux gazouillent, les pissenlits fleurissent dans les champs ; il est temps de se mettre en marche. PRALINE trépigne d’impatience, je dirai même plus “ la môme piaffe“ ; alors GO………….
Mes deux compagnons à quatre pattes alignent les premiers kilomètres a une allure plus que soutenue ; ils ne savent pas encore ce que je leur réserve,  j’ai bien peur qu’ils me maudissent avant la fin de la journée, et les jours suivants.

Pour l’instant, pas de surprise, ils ont l’habitude de ce chemin, souvent parcouru pour l’entraînement ; la piste monte régulièrement jusqu’à Chevinay (469 m) et ensuite Saint Bonnet-le-Froid (756 m) ; nous suivons la ligne des crêtes en direction du col de Malval (732 m). La température est douce ; je crains tout de même que nous souffrions de la chaleur ; le temps est couvert et la météo annonce des orages sur le secteur.

Nous rentrons dans les bois des Brosses (815 m), direction La croix de Pars ; les senteurs de la forêt nous envahissent et nous réconfortent, l’ombre des hêtres est rafraîchissante. Il n’est que 11 heures, il va faire chaud dans les maillots ; cet après-midi.

Nous franchissons “les Jumeaux“ et nous retrouvons le GR 7, le tour des Monts du Lyonnais. En passant à cet endroit je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour mon ami « sainjack ». Son pèlerinage s’est arrêté ici,  il y a huit jours dans ce pré. Nous l’avions laissé Paul et moi, la veille sous une pluie battante ; nous n’aurions jamais imaginé que les dix mètres carrés, occupés par le mulet et la tente, causeraient la faillite de ce pauvre bougre de cul-terreux. Le matin,  aux aurores, ce brave cotisant du S.C.P (syndicat des chasseurs de primes) certainement énervé de ne pas avoir eu son quota de subvention, a chassé notre pèlerin à coup de gourdin, résultat : le mulet effrayé s’est enfui dans la nature avec le barda, un pied cassé pour Jacques et la fin du pèlerinage au bout de trois étapes. Triste bilan ! Nous évitons YZERON, charmante localité autrefois rurale, mais malheureusement peuplée maintenant d’une majorité de “bobos“ lyonnais. Le maire a interdit le balisage du Chemin de Compostelle sur le territoire de sa commune, de plus, cet élu  a interdit le passage des équidés dans le village ; pauvre homme, que saint Âne lui pardonne !……. Ainsi que la madone, perchée tout en haut de son crêt, ouvrant large ses bras et donnant protection aux pèlerins de passage.

Dans la région, aujourd’hui, il y a la course cycliste des“ milles bosses“, compétition réputée dans les Monts du Lyonnais ; il est amusant d’observer  mes sacoches à quatre pattes. Ils regardent, leurs grands yeux écarquillés, défiler devant eux ces bipèdes sur deux roues, avec leurs maillots de toutes les couleurs. Il commence à faire très chaud et j’ai déjà bu ma gourde. Je précise celle où il y a l’eau, (le Saint Joseph est réservé pour le soir). Nous nous arrêtons à un ravitaillement de la course. Le plus gentiment du monde, on me réapprovisionne et me glisse dans les fontes, une bouteille supplémentaire. Il y a une solidarité sportive entre les “quatre pattes et les deux roues“.

Nous arrivons à la Croix de Pars (812 m), il est presque midi et nous voyons arriver à notre rencontre la dernière surprise. Marie-Lou et Alain, spécialistes de la marche en sous-bois et mycologues avertis. Ils sont venus se joindre à nous pour casser la croûte et faire un bout de chemin cet après-midi. Ne voulant pas les décevoir, nous cherchons derechef, comme on dit en cuisine, une clairière dans le bois de la Verrière, afin de vérifier si notre salle à manger buccale est en état de fonctionnement.

Les huit pattes sont placides, les sacoches tombent par-terre et ils partent illico au bout du pré pour vérifier si l’herbe y est plus tendre qu’à l’endroit ou nous sommes.

De notre côté, les mandibules se mettent allégrement en mouvement, pâté, saucisson et autres nourritures terrestres passent de main en main pour finir goulûment dans nos estomacs affamés. Alain sort de la glacière une bouteille de Frontignan qui nous réveille le  palais. Paul, ne voulant pas être en reste débouche une bouteille de Beaujolais rosé, qui se laisse boire agréablement. Je vous vois bien ricaner derrière vos lunettes de myope pressebithère et vos mines de rabat-joie, se dire et penser que marcher 25 à 30 kilomètres, c’est de la folie.

Mais non, mais non, je vous le promets, les lieues accumulées dans les jambes nous procurent une excuse ; l’estomac réclame et c’est la moindre des choses que de lui répondre favorablement.

Après ces superbes agapes, il faut penser à repartir ; un coup de sifflet, et mes deux bourriques rappliquent  l’air circonspect. Je pense que la pause n’était pas suffisante et que d’un commun accord tous les deux, ils avaient décidé que c’était un endroit parfait pour le bivouac.

Le patron a dit non ; on lève le camp ; en 10 minutes, les bâts sont en place, les sacoches harnachées et nous prenons, d’un air gaillard, la route en direction du col des Brosses (866 m).

La colonne se remet en route ; les bipèdes et les quadrupèdes  marchent de concert, sur le chemin caillouteux de la souffrance ; nous sommes à l’ombre des frondaisons ; le bois que nous traversons est formidable, les effluves des fleurs de châtaignier nous ravissent les “naseaux“.

Nous rentrons dans le bois de la Lienne (903 m), nous sommes au point culminant de notre journée, la descente sur Saint-Martin s’amorce doucement.

La marche est vraiment agréable. J’avance loin devant mes compagnons, qui flânent, la truffe au vent. Je sens venir la première galère de la journée ;  une petite voix me chuinte à l’oreille des mots désagréables. Je lève les yeux et j’aperçois, au loin, que le chemin est barré sur toute sa largeur par une flaque d’eau de 10 mètres de long.    Je mets le profil bas et je fais comme si l’obstacle n’existait pas,  je m’engage sur la bordure du chemin. PRALINE refuse de se mouiller les pieds ; elle me suit sagement sur le bas-côté ; catastrophe un arbre lui barre le passage. La sacoche gauche heurte violemment le feuillu stationné au bord du chemin. Je tombe dans la flaque d’eau et je lâche la longe, ce qui permet à ma bourrique de faire demi-tour sur la terre ferme, me laissant les deux pieds engoncés dans la boue. Je fais un rapide tour du propriétaire et je constate les dégâts : 1er jour de randonnée et un crochet de bât arraché. Ca commence bien……Mes compagnons de route qui traînaient derrière, arrivent sur ces entrefaites et m’indiquent, le sourire aux lèvres, qu’il est facile de passer dans le champ à côté, en ouvrant la barrière. Je peste contre ma vanité qui voulait que mes ânes soient irréprochables et sans peur devant l’eau autant que leur ânier, devant le vin.

Les bipèdes qui m’accompagnaient et qui se vantaient d’être de mes amis, en profitent pour m’abandonner lâchement avec mon bât cassé et mon désarroi bien entier. Effusion, bon voyage, larmes aux yeux, mimis mouillés, tout y passe…..

Adieu sédentaires ! Retournez à vos maisons et admirez le voyageur qui s’éloigne, tête haute, dans la poussière du chemin.
Une paire de kilomètres avant d’arriver à Rochefort,  je rencontre un couple très sympathique. Ils sont en admiration devant mes bourricots. Ils rêvent, eux aussi, de faire le chemin, un jour. Nous faisons un bout de route ensemble, tout en devisant sur nos randonnées futures.  Une série de photos immortalise notre brève rencontre devant les vestiges du porche et du château du village et nous repartons chacun de notre côté en jurant de se revoir …..Je continue ma route en direction de Saint Martin-en-haut ; je dois faire ma première halte au V.V.F (Village de Vacance). J’ai repéré l’endroit lors d’une précédente balade.

Des promeneurs me confirment Saint Martin à 2.5 km environ. Je suis bientôt au bout de ma première étape ; je commence à être fatigué et mes bourriques aussi. Je pénètre dans le village quasi désert. Je demande à de braves gens  la direction du Chemin de Compostelle ; ils ne savent pas, les malheureux, que ce chemin existe et qu’il passe par leur petit village. Ils me demandent même qui est Compostelle ! (Je ne peux m’empêcher de rire sous cape ! de pluie évidemment). Je leur demande alors la direction du Village de Vacances ; victoire !! Ils connaissent. Ils m’indiquent la route nationale ; je leur fais remarquer que je n’ai pas quatre roues pour aller me mesurer avec les automobiles sur une Nationale. Je voyage en 10 pattes, les deux miennes et les huit de mes bourricots. Ils réfléchissent et m’indiquent une autre direction en me précisant tout de même qu’il y a 3 ou 4 kilomètres. Je pensais être  arrivé et il me reste une heure de marche, et sur le macadam en plus ! Un kilomètre à pied, ça use les souliers, mais quatre kilomètres sur le goudron brûlant, ça use les paturons.

Nous arrivons enfin à notre bivouac ; PRALINE est fourbue, et avant que je n’aie le temps de débâter, elle se couche pour me faire comprendre que c’est trop ; il va falloir que je me méfie ; l’étape d’aujourd’hui  (30 kilomètres), c’est beaucoup pour un premier jour.

J’espère ne pas avoir demain un mouvement social décrété par la F N P A R (Fédération Nationale pour la Protection des Ânes de Randonnée) émergence directe de la  Cégetâne !
Pour m’attirer les bonnes grâces du syndicat des ânes, je réserve le meilleur endroit pour attacher  mes compagnons ; en plus, ce soir, ils ont bien gagné une double dose d’orge et un gros quignon de pain sec. Un bon massage avec la brosse. Un curage soigneux des sabots. Un gros bisou sur les naseaux et je m’occupe du pèlerin.

Je monte ma tente ; c’est ma première nuit sous les étoiles, façon de parler, car de gros nuages menaçants sont mon ciel-de-lit et me cachent les astres lumineux. Demain, la journée risque d’être  humide. Une bonne soupe, des pâtes, un bout de gruyère, un grand bol de café. Il me reste quelques forces pour écrire le récit de cette première journée sur mon journal de bâbord ou de tribord ; comme il vous sied. Il est 21 heures 30 ; extinction des feux. Bonne nuit, les petits…Le marchand de sable est passé   Bonne nuit Nounours, Nicolas et Pimprenelle….Pom. Pom. Pom…

La tribune des ânes :

PRALINE :
Je pense que notre maître a perdu le sens des réalités, 30 kilomètres avec 40 kg sur le dos, je te monte, je te descends, je tourne à droite, je tourne à gauche, il a perdu le nord, le sud et les autres cardinaux. Tu as vu, il m’a fait percuter un arbre. Il est malade, je vais lui conseiller mon “psy“.

AMANDIN :
T’as raison, ma PRALINETTE, il est complètement “relou“, le vioque. Il ne fait pas attention, quand un arbre traverse la route !! Et, pis moi j’ai le “domino’ en compote et les sabots qui fument, comme des plaquettes de freins dans la descente du mont Ventoux ; demain, si y recommence son délire. on sort les pancartes, j’appelle les poteaux du syndicat et zou, la  “manif“… ! !…

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Pluie du matin,
N’arrête pas le pèlerin .
Proverbe français.

2eme étape : Lundi 28 avril 2008.

 

 

SAINT MARTIN en HAUT … SAINT MEDARD en FOREZ.

23 kilomètres + des contours et des allers et retours.
“La pluie fait des claquettes“, chantait Claude NOUGARO, le poète jazzman toulousain. Il est 2 heures du matin ; la pluie tombe à grosses gouttes sur le double toit de ma tente. Soyons positif, je vais pouvoir vérifier si mon matériel est étanche. Je pense à mes deux compagnons ils n’ont pas de toit sur la tête, je crains que le feuillage  printanier des arbres ne les abrite correctement de ce déluge. Je jette un œil dehors pour voir comment se comportent mes deux “loustics“. Ils sont couchés sous les frondaisons et la pluie n’a pas l’air de les traumatiser plus que çà. Egoïstement,  je reprends subrepticement mon œil qui traînait dehors, le remets dans son orbite ; je referme la paupière dessus et  me rendors. “Il est 5 heures“, Paris s’éveille chantait DUTRONC, le poète corsico-parisien et moi, en même temps. Il fait nuit noire ; j’attends 6 heures, pelotonné dans mon duvet ; je somnole et imagine la journée de galère sous la pluie. J’ai une  pensée pour mes amis restés bien au chaud dans leur lit douillet. Lorsqu’ils liront ces lignes, resteront-ils mes amis, chercheront-ils un asile d’aliénés, recueillant les âniers déficients du ciboulot ?

Le bruit de la pluie diminue. Je sors de ma couette et entre les gouttes, je démonte la tente, range rapidement les hardes dans les sacoches ; je rangerai plus tard, au sec. Heureusement, à 10 mètres de mon campement il y a une maisonnette, avec un auvent ; il y a un point d’eau, des toilettes, j’avais repéré ce coin l’année dernière avec Paulo.
Le coin était idéal pour le ravitaillement et la toilette ; eh bien merci pour la “flotte“, s’il y en a au robinet,  je n’avais pas prévu ce qui tombe gratuitement du ciel. Pas de déjeuner copieux ce matin, juste un quart de litre de café bien chaud. Je vais faire signer ma Crédential (carnet du pèlerin) au VVF, ils ont le tampon et ils ouvrent à 8 h30. Au moment où je franchis le portail du village de vacances, la gérante me passe sous le nez, elle emmène ses enfants à l’école et revient tranquillement à 9 heures. Je peste contre les fonctionnaires qui n’ont aucun respect des horaires de travail et surtout, du randonneur trempé de bon matin ; comme une tartine, dans un bol de café au lait.
J’ai mauvaise grâce à lui en faire la remarque, vu que je n’ai pas couché au VVF. La Crédential est tamponnée, il est temps de prendre la route.
Je trouve tout de suite la coquille qui m’indique le chemin ; direction « la chèvre ». Ah, ces coquilles ! Elles seront souvent mon cauchemar,  qu’elles soient cachées par la végétation, qu’elles soient arrachées par des malveillants de tout poil. Soit ! Rêvassant, emporté par le pas de mes ânes, je ne les vois pas, la tête enfoncée sous le chapeau et la cape de pluie. Ah, misère. !.
Je ne vais pas tarder d’ailleurs à rencontrer mon premier problème, au lieu dit «  le mas ». Il y a deux coquilles qui se contredisent ; je demande mon chemin dans une ferme et ils me dirigent vers la Chapelle sur Coise.
Je fais confiance à ces braves autochtones, mais je devrai me rendre compte rapidement que les paysans ont oublié les chemins et qu’ils vous indiquent chaque fois la route et le goudron. Où sont passées les valeurs paysannes de nos ancêtres ? J’apprendrai à mes dépens tout au long du chemin, qu’il vaut mieux vérifier sur la carte, au lieu de demander aux gens rencontrés s
Cette première bêtise me fera faire 3 kilomètres de plus, sous le soleil, ça passe, mais sous la pluie…..ça casse et ça mouille. !

Je retrouve mon chemin et je me dirige vers Saint Symphorien sur Coise. Je traverse ce village sans problèmes, je passe devant les tanneries RONZON ; c’est là que je me suis fourni pour fabriquer les harnais de mes bâts. Je rencontre un futur pèlerin ; il fait un bout de chemin avec moi, tout content de m’indiquer la direction pour sortir du village. Il est midi, et la pluie est toujours au rendez-vous ; je longe la rivière la Coise ; les eaux tourbillonnent et je vois à la tête de mes bourricots qu’ils n’aiment pas du tout çà. Il est passé midi. Je trouve une aire d’escalade ; il y a un grand panneau, interdisant stationnement et pique-nique aux humains et aux animaux. C’est l’endroit rêvé, je regarde PRALINE et AMANDIN, mon esprit frondeur prend le dessus ; ils sont d’accord pour enfreindre la loi, l’herbe est à leur goût. Arrêt, pause casse-croûte. Je finis la bouteille de Frontignan apportée hier par-Marie Lou pour “ l’apéro“. J’ingurgite un gros morceau de cake aux olives. Celui-ci m’étouffe, le Frontignan me réchauffe, et je m’aperçois que je n’ai même pas faim. La pause aura au moins servi à reposer les ânes.

Direction Saint Denis sur Coise ; nous quittons les bords de la Coise et nous marchons sur le goudron ; avec la pluie, il n’est pas chaud, mais çà use les sabots, cette denrée. Il y a beaucoup trop de macadam sur ce chemin.
La pluie continue de tomber sans cesse ; les bords de mon chapeau me tombent sur la figure, les pieds dans les “rangers“ font flic, flac, et même quelquefois, floc. J’ai mis, depuis ce matin, la cape de pluie et je suis quand même mouillé dessous, de transpiration ; je baigne dans mon jus comme une vieille guenille. Je ne me vois pas coucher sous la tente ce soir avec un temps pareil et dans un tel état, il me faut trouver un gîte pour ce soir pour moi et mes huit pattes. Après concertation avec moi-même et le petit livre orange des compagnons de Compostelle, je décide de quitter la route directe vers Saint Galmier pour prendre une variante, me dirigeant vers Saint Médard ; il devait bien arriver, celui là, c’est son jour ! Le dicton dit « S’il pleut à la Saint Médard, il pleuvra 40 jours plus tard » Alors, allons y chantons sous la pluie…..Appelez moi Gene KELLY.
Chemin faisant je passe des coups de fil aux gites indiqués sur le fameux guide orange. Si je peux me permettre d’ouvrir une parenthèse, (il serait bon que le guide soit revu, corrigé et les hôtes,  notés par les pèlerins, car lorsque vous êtes dans la “mouise“ et que personne ne répond, ça vous met le moral dans les chaussettes et ce n’est pas agréable, surtout quand elles sont trempées) .Je poursuis tout de même ma route et je m’engage dans le bois de Pulchere ; la boue colle aux “basques“, mais nous y sommes un peu plus à l’abri. J’arrive à une intersection, dite «  Bissy le moulin ruiné » car, vous l’avez deviné, il y a des ruines de moulin qui, en leur temps, ont fait la richesse de la région.
A ce moment, la tête de votre pèlerin préféré est aussi ruinée que le moulin. Je me retrouve devant la rivière Coise, en crue. Il y a pour tout passage une passerelle en pierre de 80 cm de large à laquelle on accède par des escaliers. Mes deux “lascars“ n’ont pas fait de stage d’escalade, et il n’est pas question d’espérer  qu’ils traversent cet affluent de la Loire,  même en leur promettant la “lune“. Je suis dans l’ennui. Vous remarquerez que je surveille mon langage. Les gens qui me connaissent dans l’intimité, savent qu’il y a d’autres mots de la langue française que j’emploierais pour résumer une telle situation. Les gîtes ne répondent pas, je ne sais quoi faire. En plus, je n’ai qu’un téléphone à carte et à ce rythme-là, il n’y aura plus de “tune dans le bastringue“.
Enfin, Saint Télécom vient à mon secours et une personne me répond, elle a bien une chambre, mais elle est louée à l’année !! Cette brave dame me donne un numéro de téléphone de gens, susceptibles de me sortir de ce mauvais pas. Avez-vous essayé d’écrire sous une pluie battante, c’est le pied ! C’est ma dernière chance, après ce coup de fil mon portable est vide !
Quelques minutes plus tard, je suis sauvé. Marc BERTHET est au bout du fil ; je lui indique ma position, longitude et latitude ; il me répond : «  Tu ne bouges plus, j’arrive…. »

 
Je profite de cette courte attente pour visiter les ruines du moulin Bissy : en son temps, les moulins disséminés le long de la Coise ont fait la fortune des meuniers de la région. Chanvres, froments et trèfles étaient travaillés sous les pierres de meule. Le moulin de Bissy aurait été détruit  lors des grandes crues de 1834 et jamais reconstruit. Quinze longues minutes se sont écoulées. J’entends un bruit de moteur qui se rapproche. Je dois vous avouer humblement que j’ai une aversion toute particulière pour ces véhicules à moteur : quad, moto tout- terrain qui abîment nos chemins et polluent l’atmosphère.  Bizarrement le ronronnement de ce véhicule me paraît tout de suite sympathique. Juché sur sa bombe à quatre roues, Marc arrive, tel le chevalier blanc sur son destrier pour sauver le pauvre et l’opprimé, en l’occurrence votre serviteur qui ressemble à une vieille pattemouille abandonnée!
Je reprends ma marche, escorté par le bolide japonais. Nous nous dirigeons vers un gué, normalement à pied sec, malgré le déluge. Nous nous trouvons en face d’une construction, faite de gros tuyaux  jouxtés avec du béton. C’est “limite“, la rivière gronde et l’eau effleure le tablier du pont. Mes deux lascars ont les oreilles dressées comme des fusées ARIANE sur le pas de tir de KOUROU, les naseaux soufflent, comme les tuyères au démarrage. Il y a de la rébellion dans l’air ; j’ai l’impression que la traversée du gué va être encore un grand moment !
Je décroche la longe d’AMANDIN du bât de PRALINE et je m’engage avec elle sur le pont ; blocage complet les quatre pattes soudées dans le béton du gué ; je caresse, j’implore, je menace, rien n’y fait. Marc a un petit sourire en coin et se demande  comment je vais m’en sortir, lui est un spécialiste des chevaux, mais ne connait pas la race asinienne. Je laisse PRALINE et je récupère AMANDIN, occupé à brouter une dizaine de mètres plus loin, d’un geste énergique je récupère sa longe et je lui dis : « allez, on y va ! ». Je m’engage sur le pont sans me retourner et miracle, l’énergumène qui, d’habitude a peur de son ombre et ne sait que suivre sa “minette“ traverse l’obstacle sans hésiter. Arrivé sur l’autre rive je jette un œil furtif, à PRALINE qui surveille la scène de l’autre coté. Je demande à  Marc de me rejoindre et de la laisser seule.  Il est un peu surpris, traverse et nous partons sur le chemin tous les trois, 150 m plus loin, nous nous cachons dans le premier virage et nous observons la scène…..
PRALINE regarde autour d’elle ; il n’y a plus personne, elle renifle le sol, crache deux ou trois fois, avance un pied, puis le deuxième, s’aperçoit qu’il n’y a pas de danger et franchit le pont, la tête basse et vient nous rejoindre en trottinant. Brave Bourriquette ; la peur de perdre son ânier préféré a été plus forte que l’eau tourbillonnante. Cette minute de bonheur me fait oublier pendant un court instant, les turpitudes de la journée et la pluie qui continue à nous caresser le chapeau.
Nous cheminons rapidement pour atteindre Saint Médard-en-Forez, Marc nous attend sur son quad ; il immortalise notre entrée triomphante dans la ville par une série de photos devant le porche de l’église de style roman, datant du XII eme siècle.
Nous arrivons enfin chez nos hôtes. PRALINE ET AMANDIN  ont droit  à une double ration d’orge, un abri au sec et du foin à volonté.
Marie-Thérèse nous attend sur le pas de la porte ; une douche chaude me tend les bras ! Les bûches de chêne crépitent dans  la cheminée du salon. Les glaçons rafraîchissent un double whisky. La soupe de légumes inonde de son parfum, la cuisine de la maison. (Elle n’est pas belle la vie). Cette journée avait très mal commencé, mais grâce à des gens comme Marc et Marie Thérèse BERTHET, les malheurs et les douleurs du chemin deviennent  des expériences que l’on est content d’avoir vécues. Les rencontres et l’amitié se partagent. Elles ouvrent de nouveaux horizons et témoignent de la solidarité des vrais pèlerins de Saint-Jacques.

La tribune des ânes :
PRALINE :

Dis-moi Amandin « où crois tu qu’il nous emmène comme cela sous la pluie ? Crois tu qu’il veuille nous faire grandir pour nous arroser comme cela à longueur de journée ? ». Et puis, pourquoi veut-il à tout prix, nous faire traverser dans l’eau ? Quand ça me tombe sur la tête, je n’aime pas trop, cela me défrise ! Et quand il faut mettre les pieds dedans, c’est pire, ça me ramollit les sabots !

AMANDIN  :
T’as raison, ma Pralinette, y d’ vient de plus en plus “bargeot“ le pépère, il est azimuté des neurones ! Mais t’as vu, j’lai bien eu avec le coup du gué, et pis, toi aussi par la même “occase“. T’as eu les “chocottes“, qu’on te laisse dans les bois, avec les loups. Hein la gonzesse ! ! !

§§§§§

Le moment donné par le hasard,
Vaux mieux que le moment choisi.
Proverbe chinois.

3eme étape : Mardi  29 Avril 2008
 
 

SAINT MEDARD en FOREZ  >>>>>>> PRECIEUX.
20  Kilomètres… mais 25 de marche effective
6 H viennent de sonner à ma petite pendule interne ; j’ai passé une nuit apaisante, dans un bon lit et surtout à l’abri. Hier au soir, le repas, les divers alcools et la fatigue de la journée ont eu raison de moi à 23h30.Je suis rapidement “tombé dans les bras de Morphée“, je n’avais trouvé personne d’autre… il ne faut tout de même pas rêver, le gîte, le couvert et pis quoi encore !
Je flemmarde jusqu’à 6 h45, et je me lève, direction la salle de bain. Car il y a du travail ; hier soir, lorsque j’ai enlevé les Rangers, il y avait une mauvaise surprise ; mes petits pieds jolis n’ont pas trop apprécié la macération prolongée dans l’humidité. Mes mignons petits “petons“ ne sont plus qu’une plaie. Ampoules, crevasses ; ça  saigne dans les godasses ! Lavage au savon, désinfection, pommade cicatrisante et emmaillotage, chaque doigt de pied à droit à sa poupée. Je béni mon ami Paul de m’avoir recommandé ces pansements en forme de tuyau que l’on glisse sur chaque orteil. C’est non seulement efficace, mais en plus très mignon ; je remue mes  “ ripatons “ et j’ai l’impression de voir les petits rats de l’opéra danser « Casse bout de pied » sur la scène du palais Garnier !

Je crains le pire, au prochain épisode, lorsqu’il faudra enfiler les Rangers ! ! !
L’appel du café noir et de la tartine beurrée au fond de la cuisine me fait oublier mes douleurs. Un superbe petit déjeuner m’attend  et je m’empresse clopin-clopant de rejoindre Marc et Marie-Thérèse, mes hôtes que dis-je : mes sauveurs !
Ce matin, le ciel est découvert ; aurons-nous la chance d’avoir du soleil? Pas de pluie me suffirait amplement. Après la toilette des ânes, départ à 8 h 30. Je remercie chaleureusement Marie Thérèse pour son accueil, car cerise sur le gâteau, j’ai oublié de vous dire, je suis propre comme un sou neuf. Marie-Thérèse a poussé la perfection jusqu’au lavage, séchage de mes affaires, le treillis, la chemise, ma veste qui était tout crottés hier soir. Même les “rangers“ ont été passés à  l’huile de pied de bœufs.

Pour mémoire, Marc et Marie-Thérèse BERTHET sont des compagnons de Compostelle, ils ont parcouru le chemin en compagnie de leurs deux chevaux, il y a quelques années. Marie-Thérèse est la secrétaire de l’association de la Loire des compagnons de Saint Jacques, dont ils s’occupent tous deux, quand leurs 5 petits-enfants leur“ lâchent la bride“. (La bride de cheval bien entendu)
Nous parcourons, accompagnés de Marc, le premier kilomètre ; les genêts en fleurs nous font une haie d’honneur sous le soleil clair de ce jour de printemps. Un dernier mitraillage de photos, un dernier signe de la main. Nous marchons droit devant, direction Saint-Galmier. Le chemin se déroule sans encombre, grâce aux bons conseils de Marc. J’ai l’impression de revivre et je reprends goût à la marche, car j’avoue qu’hier, j’avais un sacré coup au moral. A l’entrée de Saint Galmier, un groupe de maçons me salue et me félicite. Ils me demandent où je vais. Je réponds en mentant honteusement  «  Compostelle ».Ils me crient « OLE » tous en cœur, ils doivent être Espagnols. Le soleil levant réchauffe ma carcasse et eux me réchauffent le cœur.
Nous pénétrons dans la ville, sous le regard amusé des habitants ; nous saluons de loin le casino, et la source Badoit, les deux ressources principales de cette bonne cité. Nous descendons la rue du pont GAVE qui nous emmène évidemment  au pont GAVE,  traduction de vieux gué : ce pont aurait été construit par Jeanne de Bourbon entre 1350 et 1380 pour rejoindre sa résidence secondaire, «  le manoir de la Tellière ». PRALINE renifle les pierres du pont, elle doit se demander si elle peut faire confiance à un pont de 650 ans ; je lui affirme que oui dans le creux de l’oreille, elle me croit, c’est parti….
Nous nous engageons dans la plaine du Forez en direction de Rivas et de Craintilleux. La traversée de la plaine du Forez est toute plate et sans difficulté apparente. C’est un euphémisme.  Nous arrivons devant la Nationale 82 qui relie Veauche à Montrond- les-Bains, il nous faut absolument traverser cette Nationale. C’est un trafic incessant de camions et de voitures qui défilent devant nous. Depuis 5 minutes nous sommes coincés devant cette route quand nous apercevons un véhicule de la police municipale qui arrive vers nous. Je leur fais de grands signes à l’aide de mon “Bourdon“. Je me dis : enfin sauvé !
La maréchaussée va nous tirer de ce mauvais pas. Que nenni ! La camionnette s’en va et nous laisse à notre infortune ; il ne devait pas être dans les attributions de ces fonctionnaires ruraux, d’aider le pèlerin à traverser une route dangereuse. Enfin, un routier “sympa“, certainement ami des grandes oreilles, freine, s’arrête  et nous permet de traverser sans encombre. Je le remercie chaleureusement et nous poursuivons notre route.
Nous traversons la Loire à Rivas, les “bourris“ n’ont pas peur du pont ; tant mieux !
Il est 12 h30 lorsque nous arrivons vers l’A 72 ; il y a un grand pré ombragé ; je décide de faire halte au moins deux bonnes heures, après les excès de ces deux derniers jours, mes porte- sacoches ont besoin  de repos. Suivant le dicton  « Qui veut voyager loin, ménage sa monture ». En 5 minutes les bourriques sont débâtées, les tapis de dos sèchent au soleil avec les rangers et les chaussettes. Mes petites poupées pédestres prennent l’air. Je m’installe à l’ombre pour me préparer une vraie gamelle d’homme. Aujourd’hui, pas de sandwich, salade de riz-tomate au thon, saucisse, pâté, fromage et dessert, un bon verre de Saint Joseph (depuis Saint Galmier, c’est le premier saint que je rencontre).
Il y a 10 minutes que je me suis installé, quand je vois arriver deux jeunes un peu débraillés, qui me demande   : «d’où tu viens? Où tu vas ? Tu te promènes avec tes ânes ? C’est des mâles, des femelles ? »  Je croule sous un déluge de questions ; moi qui souhaitais être peinard, c’est gagné. Ca se complique 15 minutes plus tard ; ils sont huit autour de moi. Les questions fusent de toutes parts ; comme je suis poli, je réponds et pendant ce temps,  je ne mange pas. « Tu les vends, tes ânes ? »
 
Holà, Holà ! Non, là je vais me fâcher, s’ils en veulent après mes “bourri“, il va avoir de la bagarre ; je jette un coup d’œil furtif à la machette, ça va, elle est à portée de main. Je fais comprendre poliment et fermement à mes visiteurs que j’ai “ l’estomac dans les talons“ et j’attaque le contenu de ma gamelle. Ils comprennent et me laissent à mes agapes.
Le repas terminé, un bon café, une heure de sieste. Elle n’est pas belle, la vie ?
J’ai compris un peu plus tard ; la présence de mes invités surprise ; il y avait à quelques centaines de mètres, un campement de gitans sédentaires ; je pensais que les cabanes aperçues en passant étaient des abris de jardin. C’était  en réalité un mini-bidonville.
14 h30, il est temps de repartir ; “les bourris“ repus de trèfles sont couchés sous les arbres ; s’ils sont déjà fatigués, les“ pôvres“, ils vont avoir des surprises. Nous attaquons la traversée du pont au dessus de l’autoroute, c’est un va-et-vient incessant de camions et de voitures à grande vitesse, (V.G.V) ; ça provoque un bruit du diable ; comment vont réagir mes“ huit pattes“ au milieu du pont………. Angoisse……
Pas de problèmes, ils sont passés fiers, les oreilles droites comme s’ils étaient propriétaires d’un bar tabac. Arrivé de l’autre côté, je les félicite, et nous attaquons le chemin en chantant, c’est une belle journée .Eh, “ les bourris“, croisez les sabots pour que ça dure… !…
Je voudrais profiter, de votre présence, vous, fidèles lecteurs qui avez les yeux rivés sur les lignes et les interlignes, et qui suivez le récit de mes aventures palpitantes, pour vous parler d’un spectacle qui s’offre à mes yeux….Les buttes de terre qui permettent d’accéder au pont, sont truffées de trous, un véritable gruyère. Des centaines de terriers creusés dans les monticules de terre, abritent une colonie de lapins fantastique. Il doit y avoir des milliers de lapins, ils gambadent dans les prés environnants, j’imagine le spectacle en sous sol, ce doit être les couloirs du métro parisien. Si nous établissions notre bivouac à cet endroit, je poserais bien quelques collets, tels que mon grand père me  l’a enseigné dans ma prime jeunesse.
Je me surprends à rêver : un feu de camp, le lapin cuisant sur la broche, dans la nuit éclairée par la lune naissante. Arrive un randonneur de passage. Je lui offre de partager mon repas. Il me répondrait, en dégustant une cuisse de l’animal, comme à  Jeremiah Johnson, dans la neige des montagnes rocheuses.  « Il est bon, ton lapin, pèlerin ».
Nous avançons à grands pas ; le chemin est large, plat et sablonneux, PRALINE avance le museau au-ras-du sol, je tiens la longe car je ne voudrais pas qu’elle prenne l’envie de se rouler avec les sacoches.
AMANDIN, lui, doit avoir la prostate, ou alors, il a un trop- plein d’eau, du à la pluie d’hier ; c’est la sixième fois qu’il pisse aujourd’hui, il pisse et il pète, d’ailleurs nous avons fait un concours de pet, devinez qui a gagné ? L’odeur n’est pas tout-à-fait la même, mais il y a de la musicalité. Nous croisons deux superbes baudets, une ânesse Provence et un superbe Poitou que nous saluons au passage. Des vététistes nous rattrapent à cet instant et font un bout de route avec nous, avec les questions habituelles : « d’où venez vous, ou allez vous, » je n’ai pas fini de faire les mêmes réponses au long du chemin. Ce sont les ânes qui favorisent le contact et le dialogue  et qui attisent la curiosité des gens.
On parle, on parle et on arrive à L’hôpital-le-Grand ; je peste, j’ai raté une balise, je n’ai rien à faire dans ce village ; je monte au nord, avec l’espoir de trouver une traverse qui me ramènerait sur le  chemin ; je redescends au sud, “ nada“, rien. Je remonte dans le centre du village, il y a une épicerie, charcuterie, boulangerie, bistro, bureau de tabac, les Latins appellent ça un capharnaüm. Au milieu de ce foutoir, trône une barrique sur deux pattes, sale comme un peigne. Je lui expose mon problème, le chemin ? Compostelle ? Les coquilles ?

Elle ne connaît pas, le patron arrive, bretelles tombées sur le pantalon, braguette ouverte. C’est le clone de BERURIER, cet homme-là, (les lecteurs de Fréderic DARD  l’auront reconnu), sur son “marcel“, on peut lire aisément le menu des deux dernières semaines. Il n’en connaît pas plus que le “trois quarts“ qui lui sert de femme. Je les remercie tout de même et je m’en retourne à mes balises perdues. Qu’elle n’est pas ma surprise en sortant ; “mes bourris“ se sont détachés et m’attendent sur le bord de la route ; le museau indique le sud, retournons au sud. Nous retournons en sens  inverse, par la même route, je veux savoir à quel endroit j’ai raté la balise, nous longeons un étang, devant nous il y a un manège incessant de lapins qui traversent le chemin, nous sommes entre deux rangées de résineux et il y a des centaines de terriers au pied des arbres. Si je faisais halte dans cet endroit, ce soir je mangerais du lapin, un collet bien placé et hop, un barbecue. La myxomatose n’a pas l’air de les avoir infectés, leur vitesse de course indique une bonne santé.

Je viens de retrouver ma balise, et je comprends ma bévue…..

1° Les vététistes avec qui je discutais,

2° les deux ânes dans le pré.

3° la coquille est cachée par une branche poussée depuis le passage du dernier baliseur, on ne peut lutter contre la nature. Bilan, 1 h30 de perdue et 3 ou 4 kilomètres en plus…..Mais, que de rencontres intéressantes.
Nous longeons  le pré et les deux ânes nous accompagnent de l’autre coté de la barrière, PRALINE marche d’un bon pas et nous parcourons un bon kilomètre, quand je sens un nouveau problème à l’horizon. Le chemin est inondé devant nous sur 30 mètres, si les bourris passent je fais le serment de leur ériger une statue à mon retour !
Suppliques, caresses, menaces, 45 minutes de bataille, je suis épuisé, je suis trempé jusqu’aux genoux, je capitule. Je peste contre la pluie, les barbelés, les tracteurs qui défoncent les chemins. Les professionnels de l’âne qui vous assurent que le baudet n’est pas têtu, qu’il  réfléchit, mais qu’il comprendra. Je me jure de les rencontrer, ces gens là pour qu’ils m’expliquent !
A bout de ressource, je me décide à employer les grands moyens, je sors de son étui la pince coupante et je coupe la clôture. Je demande humblement pardon à “Saint Barbelé“ c’est le patron de tous les fils de l’enfer. (Jeux de mots).
Après avoir réparé mon forfait, je fais un rapide tour d’horizon de la situation. Il est presque 17h 30 et je suis loin de Saint Romain le Puy, qui était l’étape prévue. Dès que je trouve un endroit convenable pour planter ma “guitoune“ je m’arrête ; il y a eu assez de galères et d’imprévus pour aujourd’hui.

Le ciel se couvre, une journée de soleil c’était de trop ; pourvu que je trouve un bivouac avant la pluie. J’avance, le nez dans le vent ; je suis dans une zone de culture et, hormis les terres labourées ou fraîchement ensemencées de blé de printemps, il n’y a pas Grand-Place pour 2 “ bourris“ et leur ânier. Une camionnette de plombier me double, 3 minutes plus tard, elle me croise ; les enfants à l’intérieur me font de grands signes.3 minutes encore, et elle me dépasse à nouveau et s’arrête quelques mètres plus loin. Encore des admirateurs ; cela ne m’arrange pas, car je vais encore perdre du temps. Tant pis, faisons plaisir aux enfants. PRALINE donne des signes d’énervement ; ce n’est pas son habitude ; elle se plie aux caresses des enfants et moi, aux questions « Où allez-vous….. Vous venez d’où….. ». PRALINE choisit ce moment pour se coucher sur le bord de la route, ce qui veut dire en langue asinière : «Y’en a marre, y’en a plein les sabots  ».

Je la débâte en vitesse et je demande au plombier s’il connaît un agriculteur sympa, avec un bout de pré disponible pour ma tente et mes deux “bourris“. Il saute derechef, dans son véhicule atelier et disparaît en me laissant ses enfants en gage. Il revient 10 minutes plus tard, triomphant. Le fermier le plus proche veut bien me prêter un bout de pré ; il charge le bât et les sacoches de PRALINE dans la camionnette et me demande de le suivre. 800 m plus loin m’attend,  un véritable comité d’accueil devant la ferme. Les 3 enfants du fermier, les deux chiens de la ferme, plus les petits plombiers, me guident dans le pré jouxtant la ferme. Ils m’aident à débâter et à monter la tente ; pendant ce temps-là, mes deux lascars partent batifoler dans l’herbe épaisse d’un pré de 3 hectares. A la fin de l’installation, séance de photos avec les enfants devant le campement et je les gratifie d’un paquet de “petit beurre“. Ils me remercient et s’éparpillent comme une volée de moineaux.

Il est temps de faire le repas avant la pluie ; ce soir, soupe de légumes avec du riz, agrémentée d’une saucisse coupée en rondelles, pruneaux secs et chocolat, café, et je rentre à l’abri, écrire mon journal.

La tribune des ânes :

 

PRALINE :

Dis-moi mon AMANDIN, cela fait 3 jours que nous sommes partis de la maison, crois-tu que notre ânier sait ou il va, car  aujourd’hui, j’ai eu la nette impression que nous tournions en rond. Si nous ne l’avions pas remis dans la bonne direction, nous serions encore à l’hôpital !!!  Mon Dieu, j’ai peur…. Nous ne reverrons plus notre verte colline de Saint Pierre…….

AMANDIN :
N’aies pas les “foies“, ma Pralinette, je veille au grain ; ton mec, il est ladé, demain matin, je branche mon G P S (grand pif subtil) et je guiderai la carav’âne……

§§§§§

Lorsque tu ne sais pas
Ou tu vas,
Regarde d’où tu viens.
Proverbe Africain

4 me étape : Mercredi 30 Avril 2008

 

PRECIEUX  >>>>>>>>>>> LA CHAPELLE en LAFAYE.

27 Kilomètres +  la T V A  à 19.6%
Il est 6 heures, je me réveille ; un bref coup d’œil à l’extérieur ; il fait encore noir. J’aperçois au milieu du pré, dans la pénombre, mes deux bourricots. Ils sont couchés et finissent leur nuit. Le plafond est bas ; j’ai bien peur que la journée soit humide. Il m’a semblé entendre  dans mon sommeil des gouttes qui martelaient mon double toit. Je m’étire, je me tourne et à la vision de ce mauvais temps, je m’octroie 1 heure de sommeil supplémentaire.
6 Heures 45 ; « allez RORO, debout secoue ta flemme » , me susurre une  petite voix au creux de l’oreille. J’allume la radio et je fais chauffer l’eau pour le café. Ce matin, histoire d’oublier le mauvais temps, je me prépare un petit déjeuner d’ogre, 1/2 litre de  café,  pain confiture, 3 œufs brouillés, gruyère, pain d’épices ; s’il me restait quelques défauts, il ne manquerait qu’un cigarillo pour clôturer cette aventure matinale !
Je plie la tente en vitesse ; de gros nuages noirs se profilent à l’horizon et je crois bien que c’est pour “ ma pomme“. J’appelle désespérément  PRALINE et AMANDIN ; ils se sont réfugiés à l’extrémité du terrain et restent sourds à mes appels. Je suis obligé de parcourir les 500 m qui me séparent d’eux, dans l’herbe mouillée ; c’est très bon pour ce qui me reste de pieds, dont d’ailleurs, je n’ose vous faire la description si tôt le matin ; je connais vos estomacs fragiles et vous risqueriez de ne pas garder votre café-croissant du matin. Mes pauvres “Bourris“ essayent de me faire comprendre qu’il n’est pas une bonne idée de prendre la route aujourd’hui et qu’ils préfèrent rester à l’abri sous les arbres. Mais c’est moi l’homme, le maître, je grogne quelques mots que je n’ose écrire, et je repars pour 500 m dans l’herbe haute et toujours aussi mouillée.

Je suis en train de finir de bâter, lorsque je vois venir vers moi Nicolas, Pauline et Sébastien dit « Sabou », les 3 enfants du maître des lieux. Ils m’apportent en remerciement des biscuits d’hier soir, un bocal de pâté de sanglier « maison » et 6 œufs frais pondus, de la part de leurs parents. C’est Byzance dans la Loire ! Herve MAGAND, agriculteur sympathique (oui ça existe !) et son épouse Isabelle exploitent une très jolie ferme très bien entretenue et en plus, elle s’occupe d’enfants ; elle est aide-maternelle et la maison est toujours remplie de cris et de gazouillis d’enfants de tout âge. Ces gens-la sont identiques à leur village. Ils habitent Précieux, ils le sont aussi !
Avant de partir, je les remercie de leur accueil chaleureux et je leur demande de me tamponner ma Crédential, ce qu’ils font de bonne grâce, en m’offrant un grand café chaud. Si je n’étais pas aussi buté, je resterais bien une journée avec ces gens-là, ce qu’ils me proposent d’ailleurs gentiment. Mais le chemin m’appelle, semé de cailloux, de bosses et de grosses flaques d’eau.
Direction Saint Romain le Puy, berceau de la source PAROT, la reine du pet et du rot ! L’eau de PAROT, à l’instar de  l’eau de BADOIT, est beaucoup plus pétillantes ; les bulles sont plus généreuses, donc provoquent beaucoup plus d’aérophagie. Ce voyage s’annonce vraiment sous le signe de l’eau, moi qui préfère le vin !

Nous traversons Saint Romain-le-puy sans problème et nous nous dirigeons vers Saint Georges-Hauteville. Nous avons, en point de mire, la chapelle et la tour du Mont Supt qui se dresse à 647 m ; nous passerons en-dessous, pour rejoindre la Margerie-Chantagret. Le village de Saint Georges-Hauteville nous accueille ; les cloches sonnent à toutes volées, J’ai peur que mes“ Bourris’ n’apprécient pas le bruit des carillons dans leurs grandes oreilles. Mais qui  donc les a avertis de notre passage ? Arrivé sur la place du village où trône l’église, je m’aperçois que les bourdons  ne sonnent pas pour nous, mais pour un ancien du village qui part pour son dernier voyage, celui sans retour.
Nous le saluons ; et continuons le nôtre, de voyage ! A la sortie du village, j’en profite,  passant devant le supermarché du village pour me réapprovisionner en produits frais, (tomates, yaourt et pommes). Je gare méthodiquement ma “carav’âne“ sur le parking entre deux voitures, sous les regards émerveillés pour certains et ahuris pour d’autres. Quelle idée de se promener avec deux ânes sous la pluie ; il est fou, ce gaulois !!  J’ai droit aux questions habituelles « d’où venez, où allez vous ?»Je quitte, la tête haute ce village qui ne sait apprécier à sa juste valeur le pèlerin qui souffre sur le chemin.
 
Je trouve la coquille qui m’indique le chemin en direction d’un lotissement tout neuf ; je crains le pire ; cela signifie chambardement et suppression du balisage. A une croisée de routes j’hésite ; comme je le pressentais, plus de balises. Devant mon désarroi, une jeune femme vient à ma rencontre ; gentiment, elle m’indique la bonne direction et fait un bout de chemin avec moi ; elle va soigner ses chevaux ; son pré  n’est  pas très loin. Je remercie Maria, sans Pater, mais avec deux Avés et je continue ma route ; la pluie s’arrête et un soleil blafard essaye de poindre à travers les nuages.

J’arrive à Marjorie-Chantagret et je vois Maria qui m’attend ; elle voulait vérifier si j’avais bien suivi ses conseils. Un salut de la main…..Dommage, c’est brèves rencontres !
Je vais enfin quitter le goudron que je n’ai quasiment pas lâché depuis Saint Romain. La coquille m’indique le chemin sur ma gauche ; je m’y engage, je passe devant une petite maison proprette et bien fleurie ; les gens me hèlent au passage «  Bonjour ! Vous faites le pèlerinage de Compostelle ? Avez-vous besoin d’eau ? ». Je les remercie chaleureusement, en pensant : « Pourquoi croise-t- on des personnes gentilles et serviables, quand on n’a besoin de rien et que les gourdes sont pleines ? ».

Le soleil perce au milieu d’un ciel bleu qui moutonne à l’horizon ; les oiseaux gazouillent, les bourgeons pointent leur nez aux premiers rayons du soleil ; tout cela serait-il un signe annonciateur d’une bonne journée ?
J’aurais dû me méfier, trop de bonnes choses en même temps, c’était suspect. Nous venons de dépasser Marjorie-Chantagret et je m’engage dans la verdure, sur un chemin qui, en d’autres circonstances aurait pu être des plus sympathiques. Mais non, je peste, vous allez me dire, ça continue, je peste contre les hommes qui n’aiment pas les ânes. Je suis sur un sentier où un marcheur laisserait blouson et sac à dos sur les ronces du chemin. Imaginez le tableau: un âne, plus les sacoches, ça mesure 1.20 m. Armé de ma machette, je me fraye un passage, les ânes font le reste en laissant quelques morceaux de tissu des sacoches sur les ronciers les plus méchants, après la jungle, la brousse. Le chemin traverse un champ de luzerne. Est-ce le chemin qui traverse la luzerne ou le paysan qui s’est approprié le chemin ? Comme dirait “chatkespire“ : « c’est la bonne question ! »

J’arrête mes deux compagnons dans la luzerne ; qu’ils piétinent, et qu’ils se gavent de cette “foutue herbe“ qui m’a mouillé le pantalon jusqu’aux genoux. Moi, je me venge sur deux yaourts et une pomme sans conviction ; je n’ai pas faim, le petit déjeuner de ce matin est encore présent dans mon esprit et dans mon estomac.
Je me demande ce que vous allez penser, en lisant ces lignes, vous fidèles lecteurs de Bob Morane, Spirou et autre Tintin et Milou ; le RoRo, il a disjoncté ! Avec sa machette, il se prend pour Indiana Jones !  Non, je vous jure sur la tête de saint Aliboron, patron de tous les ânes, c’est vrai….. Et attendez la suite.
Le pompon de la pomponette. Nous sommes à l’approche de Saint Jean-Soleymieux, je m’engage dans un sentier de 1.50 m de large ; barbelés à tribord, barbelés à bâbord, avec murette de pierre, comme sur les cartes postales, s’il vous plaît. Là devant mes yeux ébahis, se dresse un obstacle infranchissable pour mes“ Bourri“. Un gredin de la pire espèce, irrespectueux envers la nature et  ceux qui la peuplent a déversé au milieu du chemin un camion de gravats, tuiles et autres matériaux de démolition. Une barricade de deux mètres se dresse devant moi, et impossible de faire demi-tour, sans laisser les sacoches sur les barbelés.

Je hurle ma hargne et mon désespoir et ma jeunesse partie. Je maudis sainte “Brique“, Sainte “Tuile“ et tous les Saints de la démolition, et je m’attaque au déblaiement de la chaussée.
1/2  heure plus tard, nous reprenons le périple. Nous rencontrons un marcheur de la région ; il me dit avoir parcouru le chemin de Saint Jacques, du Puy en Velay  à Conques et que, cette année il espère pouvoir  aller jusqu’aux Pyrénées. Nous arrivons à la fourche d’un chemin, la coquille indique la droite un sentier qui descend dans les bois ; mon expérience acquise depuis 3 jours me chuchote à l’oreille. « RoRo, qui dit pente, dit ruissellement, qui dit ruissellement, dit eau en bas !!! ».
Je m’enquiers auprès de mon nouveau collègue marcheur, puisqu’il est du pays, si on peut passer avec des ânes ? Oui, me répond-il, sans problèmes. Vous devinez la suite ; nous descendons un chemin escarpé, qui devient rapidement un ruisseau et qui finit dans un torrent bouillonnant. J’essaye tout de même de traverser ; on ne sait jamais Saint Jean-Soleymieux est peut-être le saint patron des causes perdues ! Ca l’était, une cause perdue ; 10 minutes plus tard nous remontons le ruisseau en sens inverse.

Juste pour l’anecdote ; cet endroit s’appelle, je vous le jure, ça ne s’invente pas : «  la gueule de l’enfer ». Quelque peu incongru sur le chemin de Saint Jacques, ne trouvez-vous pas ? Je quitte sans regret le marcheur solitaire…et continue ma route.
Nous arrivons bientôt à Saint Jean-Soleymieux. Les cloches sonnent pour nous accueillir ; de nouveau, je crains le pire, c’est le deuxième enterrement de la journée ! A croire que les pompes funèbres ont fait une promotion et qu’ils se sont regroupés ; je laisse au vénérable défunt, le soin d’aller visiter la crypte de l’église pour moi. Je salue la Tour de la gabelle au passage ? Et je fonce sur Marols.
Nous grimpons allégrement, nous sommes à 820 m d’altitude ; le village est superbe, avec son église fortifiée. Une famille de touristes italiens me mitraille de photos. Les enfants de l’école m’accueillent, en criant « Maîtresse, Maîtresse, des ânes ». Je me plie de bonne grâce au flot de questions habituelles, et je pense qu’en rentrant de récréation, la digne représentante de l’éducation nationale devra accorder quelques instants  aux élèves les plus curieux, et leur expliquer le but du pèlerinage et surtout pourquoi, un fou barbu avec un grand chapeau et un bâton,  le sillonne avec deux ânes.

Il est 16 heures, il me reste environ, d’après mes calculs, trois, peut-être quatre kilomètres avant d’arriver à la Chapelle-en-Lafaye.
Nous nous engageons dans le bois de la Citre ; il est planté de multiples essences, les senteurs du sous-bois inondent le chemin, de leurs effluves persistants. A l’entrée de ce bois, de grands panneaux de 4 m par 3, demandent solennellement. « Aidez nous à protéger notre forêt. Site protégé, interdit aux quads, motos et 4/4 ».Ils se “foutent de notre gueule“, rien que les panneaux eux-mêmes défigurent le paysage. Le problème est que la nature est martyrisée, violée et défigurée par les engins des forestiers qui défoncent les chemins et laissent, dans les coupes de bois, des blessures immenses et assassines ;  il faudra des dizaines d’années pour effacer les cicatrices de leur passage.

Plus nous prenons de l’altitude, plus le temps se couvre ; de gros cumulus du professeur Nimbus se profilent à l’horizon. Je presse le pas Je voudrais bien arriver avant la pluie.
Nous arrivons à un croisement ; de belles pancartes sculptées, nous indiquent tout droit  le GR 3, en direction du Col de l’Homme mort, à gauche, La chapelle-en-Lafaye, 1 km. Une joyeuse délivrance m’envahit de bonheur ; le gîte avec une bonne douche chaude, j’y suis déjà !
Le pas est lourd, mais sûr. Je stimule mon équipage, avec force promesse de double ration d’orge. PRALINE a compris le message et son pas augmente en intensité ; encore un petit effort, on est arrivé……
Il est écrit, que les premiers pèlerins effectuaient le voyage  pour se recueillir sur le tombeau  de Saint Jacques, à Compostelle, en expiation de leurs péchés. Je commence sérieusement à mesurer la somme des miens à la vue du spectacle qui s’étale devant moi. Un torrent de boue me barre  le chemin, sur les côtés, un amoncellement de “billes“ de sapins entrecroisés, m’empêche toute échappatoire. Ignorant ce nouvel obstacle, je m’avance sans ralentir vers la fange noirâtre ; je m’enfonce de 30 cm dans cette gangue de boue. PRALINE, en bonne bête, me suit sans hésiter ; surprise, elle prend peur en s’enfonçant dans ce cloaque. Elle recule en se cabrant, affole  AMANDIN, qui, comme d’habitude suivait, dans un demi-sommeil et mes deux “Bourris“, cassant la longe les reliant, s’éparpillent dans les bois. Valse des sacoches contre les arbres, les bâts vont-ils résister ?

L’épaisseur de la forêt freine rapidement mes deux lascars qui se calment. Je vérifie tout de suite les pattes et donne un coup d’œil rapide sur les sacoches. Bilan : une sacoche déchirée et un montant de bât cassé chez AMANDIN, mais Dieu merci, pas de blessures. Je réconforte mes deux compagnons et essaye de trouver une sortie de secours dans cette forêt ; les chemins s’entrecroisent, je monte, je descends, je tourne en rond, et au bout du compte, je suis “ paumé“. Il y a une bonne heure que je tournicote. « Tournicoti, tournicotons, disait le brave Zebulon de l’ile enchantée. Je tente de me guider avec le ciel, il est tout noir. J’essaye les nouvelles technologies, le portable : pas de réseau ! Je me résigne aux anciennes ; je sors la carte et la boussole. Et, comme un malheur n’arrive jamais seul, il neige !!!! Il est vrai que nous sommes presque à 1200 mètres !
Saint Jacques, je vous en prie, n’ai-je pas assez expié pour aujourd’hui ? Ne pourrait-on pas en garder un peu pour demain ?
Avec l’aide de notre bon Saint Jacques et de ma boussole, je tire un azimut, en direction de Marols ; c’est la direction opposée, mais c’est la seule solution que je trouve dans l’immédiat. Je descends et retrouve au bout de 15 minutes, une petite route ; j’arrête une voiture, c’est la route qui mène à Montarcher. Je suis presque sauvé. Je regarde ma montre, il est 19 heures. Je tente d’appeler monsieur Jolly le responsable du gîte, victoire ! Il y a du réseau. Je lui narre, en quelques mots, mes déconvenues de l’après-midi ; il m’indique la route à suivre, me dit qu’il vient à ma rencontre et je me rends compte, à cet instant que j’ai perdu mon bourdon (mon bâton de pèlerin). Je suis abattu, anéanti %; je vais abandonner……

J’arrive enfin devant le gîte ; monsieur Jolly m’attend ; il m’accompagne en me réconfortant du mieux qu’il peut.

Je décharge mes bagages à l’abri et je m’occupe de mes deux compagnons ; j’ai honte de ce que je leur fais endurer, me pardonne-ront-ils un jour ?

Si les ânes, dans la douleur, expient les péchés pour leur maître aujourd’hui, on a pris de l’avance !

Ce soir, je couche au chaud ; le gîte est l’ancien presbytère et jouxte l’église de style roman et gothique flamboyant ; demain matin, j’irai visiter son porche du XV eme siècle et sa nef de toute beauté du XII eme siècle. PRALINE et AMANDIN ont droit, quant à eux, à l’ancien jardin du curé ; ils auront une herbe épaisse et grasse pour se remettre des efforts d’aujourd’hui.

Après les ânes, occupons-nous du pèlerin. Il est dans un triste état, le bougre, physiquement et moralement ; c’est la débandade. Les pieds baignent dans un mélange de sang et de boue. Un bain d’eau sa-lée, additionnée de javel, suivi d’une douche chaude devrait soigner les plaies du corps.

Un bon repas, la gourde de Saint Joseph et la gnole de Jean- Claude auront raison des meurtrissures de l’esprit. Il y aura au moins un saint qui sera venu à mon aide, en cette fin de journée.
Je viens d’avoir Rose-Marie au téléphone. Pour ne pas l’inquiéter ; je ne lui raconte pas toutes mes mésaventures de la journée. Je lui dis que tout va bien. Elle m’annonce une bonne nou-velle…Mais, vous attendrez demain pour la connaître.

La tribune des ânes :

PRALINE :
Dis-moi, mon AMANDIN, je suis de plus en plus en soucis pour notre ânier pèlerin ; hier il voulait nous faire traverser des étendues d’eau énormes. Aujourd’hui, des torrents en furie et des sables tout mouvants et tous noirs. Il voulait nous perdre dans la“ sylve“. Je te le dis mon AMANDIN, Il a perdu la tête, j’ai peur de ne pas voir la fin du voyage……..

AMANDIN :
T’as raison ma Pralinette, mais il n’a pas perdu que le ciboulot le pèle-reins ; il a perdu aussi le Nord, t’as vu qu’on a zoné en rond, pendant 2 “plombes“, dans les bois remplis d’arbres, et pis moi en plus, j’ai mal aux “côtelettes“ d’avoir cogné dans les baliveaux…….

§§§§§

La vie n’est qu’un songe
Mais, je t’en prie,
Ne me réveille pas.
Proverbe Yiddish

5 eme Etape : Jeudi 1 er MAI 2008

LA CHAPELLE en LAFAYE >>>>>>>> JOUENZECQ.
25 kilomètres

Ce matin, 1er Mai, c’est la fête du travail. Les contribuables français vont se déchainer sur les routes. Vive le “ viaduc“, 4 jours à bouffer du kilomètre et à engraisser les émirs de l’OPEP ! D’autres, plus simplement, vont défiler avec des pancartes multicolores et bario-lées, dans les rues des grandes villes. Chacun son“ trip“, ce matin le pè-lerin ; il n’a envie de rien, il tourne dans son lit, en se demandant s’il descend par la gauche, par la droite ou alors s’il reste au milieu jusqu’à 8 heures.

Je suis seul dans le gîte et le silence ne m’incite pas à me lever ; je me demande, d’ailleurs, si j’ai envie de continuer cette aventure après les désagréments d’hier.
Au fait, hier, je vous avais promis une bonne nouvelle : Je suis grand-père. MANON, ma petite ânesse grise, a mis bas hier matin. Tout s’est bien passé, il suffira, lorsque nous connaîtrons le sexe de l’ânon, de trouver un nom en U. J’espère que SUCRETTE, la coquine, est contente d’avoir un petit frère ou une petite sœur.
Je me décide enfin à me lever ; je regarde par la fenêtre et j’aperçois les deux“ Bourris“, ils sont l’un à côté de l’autre, regardant les yeux fixé sur la ligne d’horizon, la plaine et les monts du Forez, se découpant au loin en photos de carte postale. Ils doivent évaluer la somme de torture machiavélique que je vais leur infliger aujourd’hui.
Je déjeune copieusement et je me dirige vers la douche. Je soigne mes pieds ; ce n’est pas beau à voir ; je me demande s’ils vont m’emmener au bout du voyage. J’ai le moral en baisse, je pense à mon bourdon et il me le donne………“le Bourdon“ !

10 heures 30, je suis prêt, les ânes aussi ; je passe chez Monsieur Jolly pour rendre les clés et tamponner ma Crédential.

C’est Madame JOLLY qui m’accueille avec un café et un cake, tout chaud sorti du four. Elle me demande de patienter un peu ; son mari est parti ce matin dans le bois sous le Mont Fouet, à la recherche de mon bourdon ; il ne devrait pas tarder à revenir…..
Nous devisons sur la santé de mes pieds, les “Bourris“, le temps qui semble revenir au beau. Nous parlons aussi de la particularité du village. La Chapelle-en-Lafaye est un magnifique village de maisons anciennes entièrement rénovées ; chacune d’elle comporte une lettre : A, B, C etc. Un livret explique au visiteur l’histoire du village, du mé-tier de ses habitants, le bûcheron, le maçon, le facteur, au siècle dernier. Les JOLLY occupent, depuis leur retraite bien méritée, la maisonnette portant la lettre B. Ici vivait le cantonnier Béraud. Comme tout le monde au village, il était également agriculteur, et possédait quelques vaches. Il était responsable de l’entretien des voies de communication, charge importante s’il en est.
Ces voies de communication sont longtemps restées d’étroits chemins, ou deux charrettes ne se croisaient pas. Certaine dataient de l’antiquité, comme la voie Bollène qui passe au sud de la commune. C’était des chemins qui contournaient les obstacles, suivaient les dé-nivellations et évitaient les propriétés des notables. Ils étaient souvent abimés par les intempéries et constamment creusés d’ornières. Chaque propriétaire riverain devait la « prestation » ; charge pour lui de trans-porter un certain nombre de tombereaux de pierre jusqu’au chantier, ou le cantonnier Béraud cassait la pierre et refaisait le chemin. La maison Béraud est une ferme Forezienne typique. C’est une maison à un étage, accolée à une grange étable. Les bêtes sont au rez-de-chaussée, tandis que le foin est remisé à l’étage ; à l’aide d’un montoir permettant un axés aisé. Ce type d’aménagement est typique du sud du Forez.

Monsieur JOLLY arrive en courant, en faisant de grands signes ; il brandit mon Bourdon. Il l’a retrouvé sur le chemin, à 500 mètres du village, à l’endroit où j’avais fait demi-tour, hier après-midi. Je le re-mercie chaleureusement et croyez-le si vous le voulez, des sanglots me serrent la gorge et je pleure comme une Madeleine. (De Marie ou de Proust, au choix) Je lui saute au cou et je l’embrasse.
Tout n’est pas perdu ; je reprends courage et la route par la même occasion. Je quitte La Chapelle et les“ Chapeloux“ le cœur léger et je m’élance, en boitillant à l’assaut de Montarcher.
Montarcher, (le mont des archers) culmine au mont Foué, à 1162 m sur le versant est des Monts du Forez ; c’est la plus petite (75 habi-tants), mais aussi la plus haute commune de la Loire. De la terrasse de la superbe église du XII eme- XV eme siècle, nous découvrons une vue splendide à 360° sur le mont Pilat, le Mézenc, les sucs de la région d’Yssingeaux et les monts de Margeride. Ce fut, à l’époque romaine un oppidum (place forte) ; on y trouve encore quelques vestiges.
Je m’arrête devant la Vierge, blottie dans son oratoire ; je lui adresse une prière pour qu’elle me protège et m’aide dans mon pé-riple ; par la même occasion, je lui demande de transmettre mes re-merciements à Saint Antoine-de-Padoue, pour m’avoir aidé à retrouver mon étendard et mon envie de marcher.
Je suis heureux. J’oublie mes pieds douloureux et je ne peux m’empêcher de chanter, plutôt de hurler ma joie, sur l’air de : « un km à pied, ça use, ça use… »
Après 1 kilomètre, je dois me rendre à l’évidence, mes“ Bourris“ refusent systématiquement de traverser le moindre cours d’eau. Mes efforts sont vains pour les convaincre et je me résigne à faire demi-tour. Je crains pour leurs sabots, trop de goudron sera néfaste pour la suite du voyage.
Il est 11 heures, et je n’ai pas parcouru une grande distance, tant pis, soyons philosophe (comme dit la poule arabe), Je suis dans les sa-pins, il fait beau ; ce matin le pèlerin est heureux.

J’arrive à Tremolet, petit hameau où l’on peut admirer un des plus beaux fours à poix existant à ce jour.
Un peu d’histoire pour vous instruire : La Poix est issue de la combustion lente de bûchette de résineux, entre autres de pin syl-vestre ; la poix avait de multiples usages il y a deux siècles : imper-méabilisation des bateaux, fabrication de torches, cordonnerie, et même produits pharmaceutiques. Les fours à poix étaient connus des gallo-romains et sont restés en activité jusqu’au XIX eme siècle. Au XVIII eme siècle la région était la plus grosse productrice de poix : environ 70 tonnes par an.
A proximité du four, un très beau puits, qui alimentait le four et un superbe lavoir, taillé dans la pierre.
Nous continuons la visite pour admirer un Travail ou Atrieux, superbement rénové, avec son toit en bois de merisier : pour ceux que ça intéresse, un“ travail“ à ferrer est un bâti dans lequel les chevaux et les bœufs difficiles étaient entravés, avec des sangles, pour faciliter la tâche du maréchal-ferrant.

Je ne peux que tirer un immense coup de chapeau aux personnes anonymes qui œuvrent ainsi pour préserver une partie de notre si beau patrimoine.
Nous reprenons la route, les yeux remplis de beaux souvenirs. Nous arrivons à Husson-en-forez, La ville est déserte, une vraie ville- fantôme, je passe devant l’église Saint Symphorien ; l’édifice est du XV eme siècle, de style gothique forézien avec des arcs romans. La présence, à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment, de coquilles Saint Jacques montre, s’il en était besoin que nous sommes bien sur la route du pèlerinage de Compostelle. Prouvant une fois de plus que les pèle-rins empruntaient les voies romaines et que votre serviteur pèlerin ânier est bien sur la bonne route.
Devant l’église, un bar ; il est ouvert. (Il y a toujours un bar à coté d’une église !). Quatre personnes sablent allégrement le Champagne. Ma caravane les intrigue ; ils m’invitent à partager leur bouteille. Il se-rait impoli de refuser et comme je me targue d’avoir reçu une éducation très stricte chez les Frères des Ecoles Chrétiennes, j’accepte volontiers. Je trinque au champagne et poursuis avec un demi-de-bière, les connaisseurs vous le diront ; les bulles excitent les papilles, mais n’étanchent pas la soif du pèlerin. Les questions habituelles fusent de toutes parts, auxquelles je réponds de bonne grâce en remerciement de mon breuvage au houblon.
Les “Bourris“ attendent sagement sur le parvis de l’église. Praline tape du pied et envoie un braiment à réveiller tout un village endormi ; elle voudrait seulement partager un peu de mon “quatre heure“. Suite à sa demande, ils ont droit à quelques croûtes de pain sec et un seau d’eau.

Ces braves gens en connaissaient plus sur les différentes boissons alcoolisées et le bon Bacchus, (dieu de la grappe) que sur le bon Saint Jacques et la religion. La tenancière du bar n’avait jamais vu la belle coquille jaune sur fond bleu qui trône sur sa descente de chéneau. Après ces libations, je quitte mes hôtes et reprends ma route la gorge moins sèche, mais tout de même, l’œil clair.
J’arrive vers un immense site abritant plusieurs scieries ; je sais que je vais avoir à affronter un pont qui enjambe la rivière le Chandieu à la sortie du chantier.
Malheureusement, Il faudrait, pour traverser cette passerelle, que je tourne un remake de « la chatte sur un toit brulant » du célèbre Tennessee Williams et que je l’intitule ; « Deux ânes sur un pont branlant »!

Demi-tour, droite ; je reprends la direction de la D 498 ; les ac-cotements sont larges et sablonneux, j’économise les sabots. Un kilo-mètre plus loin, je retrouve les balises et les sous-bois ; nous traversons plusieurs petits hameaux à moitié en ruines, l’autre moitié étant à l’état de vestiges. Ils sont tous plus abandonnés et plus tristes les uns que les autres. J’ai peine à admettre que les propriétaires de ces maisons délabrées, quels qu’ils soient, laissent à l’abandon, cet héritage leur venant de leurs ancêtres. Il n’y a aucun respect dans ce renoncement, envers leurs anciens qui ont sué sang et eau pour construire ce patri-moine. J’aurais tant aimé avoir un bout de terre comme celui-là, pour retrouver les racines de mes aïeux.

Je rejoins de nouveau la Nationale sur quelques centaines de mètres ; je croise un groupe de cyclotouristes qui s’empressent de me “mitrailler“, enfin, plutôt mes “Bourris“ ! Rendons aux ânes ce qui leur appartient : la gloire, la condescendance et les compliments. Nous remercions les amateurs de “pixels“ et nous retrouvons une balise, nous indiquant le chemin à droite de nouveau dans les bois. Cela fait trois fois que nous traversons la Nationale , de droite et de gauche ; tout droit nous gagnerions certainement du temps, mais nous n’aurions pas le plaisir des sous-bois parfumés, et devrions supporter les rugis-sements des moteurs, fournisseurs de CO 2 et de fumets pétrolifères.

Nous sortons une fois de plus, des bois pour traverser de nouveau la Nationale……… ! ! !. Devant mes yeux, se déroule une scène digne du film de David LINCH, ‘’ Une histoire vraie’’ ; un quidam se promène, à 3 km heure sur la route Nationale, juché sur une tondeuse à gazon !
Devant ses yeux ébahis, il voit un vagabond barbu, accompagné de deux ânes sortis comme un diable de la forêt !
La rencontre de ces deux êtres, sortant de l’ordinaire ne pouvait qu’engendrer une conversation intéressante. Lui : « d’où venez vous…ou allez vous… ha ?….Et à pied ?….Avec vos ânes…….. »
Moi, je suis beaucoup plus direct et lui demande ce que peut bien faire une personne considérée comme saine d’esprit par ses proches, à califourchon sur une tondeuse à gazon au milieu d’une Nationale, avec tous les dangers que cela comporte. Il me répond tranquillement que sur un coup de tête, il en a fait l’acquisition cet après midi et que, n’ayant pas de remorque pour la transporter, il a trouvé plus simple de rentrer directement avec par la route…….
Je quitte rapidement mon compagnon de rencontre, on ne sait jamais, il y a peut-être une porte ouverte à l’asile d’aliénés du secteur, ou bien pire une épidémie de ’’couillonite aiguë’.
Les “Bourris“ marchent d’un bon pas, mais je vais les économi-ser ; il est 17 heures 30 ; nous sommes à l’approche d’un petit village nommé Jouenzecq, un rapide coup d’œil sur le guide nous indique la présence d’une croix de type celtique, la croix de Saint Robert. L’endroit est sympathique et surtout désert ; je repère un coin de pré à l’herbe épaisse, à l’orée d’une futaie de sapins qui nous tendent leurs branches accueillantes.
Une corde est prestement tendue entre deux conifères ; les sa-coches et les bâts tombent au sol. Mes baudets sont satisfaits de l’endroit choisi et me le font savoir, en se roulant avec des grognements de plaisir et un concert de pets du plus bel effet.
La“ guitoune“ est vite montée, j’appelle Rose-Marie pour avoir des nouvelles de la maison et du fenon. (Fenon : non donné au petit de l’âne au même titre qu’ânon). C’est en réalité une petite ânesse, une fille de plus à la maison…URSULA, ULLA nous verrons bien, nous chercherons dans la liste des prénoms et noms potentiels sur le site des ânes. www. Bourricots .com.

Je prépare le repas du soir : une soupe de tomates, des pâtes à l’huile d’olive, du pâté de foie, gruyère, pain d’épices, le tout arrosé d’un verre de saint Joseph et ¼ de litre de café. Mon estomac se plie assez bien à son nouveau régime, un solide petit déjeuner le matin, yaourt et fruits à midi et un bon repas le soir.
Au loin sur la Nationale, les voitures et les motos avalent leurs derniers kilomètres de goudron ; il faut rentrer à la maison ; le 1 er mai est fini. Je profite des dernières lueurs du jour pour écrire mon journal de la journée et bientôt : Au dodo, les petits enfants. Bonne nuit……

La tribune des ânes :

PRALINE :
Dis-moi, mon AMANDIN, crois-tu qu’il ait compris, notre bourreau que l’eau abimait le vernis de mes sabots. J’ai remarqué aujourd’hui qu’il a fait demi-tour devant tous les ruisseaux, et puis, nous avons retrouvé la civilisation, des humains sympathiques qui nous offrent du pain, les automobiles, les vélos et le goudron. Moi, j’aime bien le goudron, au moins je marche à plat. As-tu remarqué les cyclistes avec leurs beaux mollets, comme ils me trouvaient belle……

AMANDIN:
T’as raison, ma Pralinette, mais méfiance ; on a vu des bécanes sur la route, mais, lui, il en a un dans la tête de cyclo. T’as vu ce matin ; il chiale devant les messieurs- dames ; après, il chante si fort qu’il m’en a fait mal aux oreilles, et pis, t’as vu le pont de la rivière Kwai, on n’est pas des bourricots équilibristes. Je te le dis, il est de plus en plus “relou“.

§§§§§

La poésie,
C’est le plus joli surnom
Que l’on donne à la vie.
J.PREVERT

6 eme étape : vendredi 2 mai 2008

JOUENZECQ >>>>>>>>>>>>LE CROS.
28 Kilomètres.

La fraîcheur me réveille, je regarde mon thermomètre, il fait 0° sous le auvent .Il est 5 heures 30 et bien trop tôt pour me lever ; les “bourris“ ont attaqué leur petit déjeuner sous les sapins. J’enfile ma “veste carottée“, pour les gens sans culture : (veste en laine canadienne à gros carreaux) ou Glifhanger pour ceux qui parle’’ rosbif’’ et je me replonge dans mon duvet pour une heure de sommeil de plus.

Les camions et les voitures roulant à vive allure sur la Nationale en contrebas ont vite fait de me tirer de ma douce et tiède torpeur. Je me fais chauffer ¼ de litre d’eau pour mon café, agrémenté de deux bonnes cuillères de miel de Provence, mis dans mes sacoches par Martine, ( ma copine de Chassieu) , trois œufs en omelette, une tranche de saucisson, un morceau de fromage et deux tranches de pain d’épices ferment la marche de ce sympathique défilé matinal. Je passerai ce matin, sur l’épisode “réparation des pieds“, on est à table quand même ! Ce copieux petit-déjeuner aura eu l’avantage de réchauffer l’intérieur, car à l’extérieur la température est toujours à 0°. J’ai les doigts gelés, et comme dirait un ami humoriste, à ses heures, et dont je tairai le nom par respect pour sa famille : il fait un froid de sept à huit bérie.

Je plie en vitesse, il est 7 heures 45, nous reprenons la route. J’ai décidé de rallier ce soir Le Cros, j’ai réservé le gîte, dans une ferme chez Martine et Jean Louis VIGOUROUX. Nous suivrons le plus pos-sible la D 498. Primo, pour éviter les mauvaises surprises, et de cette façon, j’éviterai les dénivelés pour reposer mes “Bourris. “L’étape de-vrait faire 30 kilomètres minimum.

Direction Pontempeyrat et son viaduc qui enjambe la rivière l’Ance ; il mesure 164 m de long sur 36 m de haut, ses 9 arches de 14 m de large se découpent majestueusement dans le paysage. Sa cons-truction a commencé en 1873, et il a été mis en service en 1901. Après un siècle de bons et loyaux services, la SNCF avait décidé de détruire l’ouvrage, mais elle a dû renoncer au projet dévastateur, devant la vin-dicte populaire. Ce magnifique édifice atteste par sa présence et garde en mémoire le travail effectué par l’homme. Nous traversons l’Anse et nous en profitons pour dire au revoir au département de la Loire et sa-luer, comme il se doit le département de la Haute-Loire.

Nous devrions prendre la direction de Saint Georges Lagricol, mais nous allons tout droit sur Craponne-sur-Arzon par la Nationale.
Nous avons parcouru 5 kilomètres en un peu plus d’une heure, les quelques villages traversés sont tristes et abandonnés, signe de l’exode rural, comme le chantait si bien Maître Jean Ferrat, le poète Versaillo- Ardéchois.

Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin du pays où ils sont nés.
Il faut savoir, ce que l’on aime
Et rentrer dans son H. L .M…..

Sur les vieilles devantures des magasins s’étalent de grands panneaux « A Vendre ». Mais on se demande bien qui serait assez fou pour acheter des boutiques vides dans un village abandonné. Quelques vieillards la trogne burinée par le soleil et les années, attendent len-tement, mais irrémédiablement, la mort, assis sur le devant de leur porte, tristes témoins d’une époque révolue.
Mes “Bourris“ se régalent et marchent comme des chefs sur la Nationale, je vais faire fabriquer des sabots en gomme chez Michelin et nous pourrons bientôt trotter sur l’autoroute.

Nous traversons l’Arzon et notre arrivée dans la ville ne passe pas inaperçue. La ville grouille de monde, à croire que toutes les voitures du département se sont donné rendez-vous en même temps, au même endroit. Devant la gare, un groupe de touristes en partance, nous mitraillent, tapotent la croupe de mes “Bourris“ et tiennent à me féliciter en me serrant la main. Je respire ; ils auraient pu avoir l’idée de faire le contraire. Un des voyageur me glisse à l’oreille : « je vous envie, vous avez du courage, j’aimerais être à votre place, c’est vous qui êtes dans le vrai ».Je le remercie chaleureusement et lui indique qu’il peut prendre la longe d’un de mes compagnons s’il le souhaite, et me suivre dans ma migration. La SNCF le réclame et il me quitte à regret.

Nous pénétrons dans la ville, au milieu du flot de voitures, sou-rires amusés et grimaces de mécontentement se mêlent au long de la traversée. Il faut savoir que les habitants de Craponne-sur-Arzon , haut- lieu de la musique “country“, grâce à son festival annuel au mois de juillet, sont plus habitués à rencontrer ces jours-là des gogos déguisés en cow-boys, que des chevaux , et encore moins des ânes !
Arrivé au centre-ville, je cherche une épicerie avec une place de parking, pour me réapprovisionner en yaourts et fruits pour midi.

Je trouve une place entre une voiture cabossée et deux poubelles toutes neuves, mais rien pour attacher la longe. Je regarde autour de moi et j’aperçois deux employés municipaux, appuyés sur leur voiture de service, estampillée sur les portières du blason de leur ville ; tel un fougueux destrier s’en allant au tournoi, je hèle les deux serviteurs communaux et leur demande de l’aide, pour tenir mes’ deux sacoches à quatre pattes“ pendant que je me ravitaille à l’échoppe voisine. « Que nenni », me rétorquent les deux manants, le travail les appelle et ils sautent, derechef, dans leur véhicule, me laissant comme un pauvre bougre, tout penaud sur le trottoir.

Si un jour, il m’en prend l’envie, je ne manquerai pas d’envoyer une lettre de félicitation à Monsieur ROBERT, premier citoyen de cette charmante bourgade ; il a de la chance, il a des employés municipaux qui ont des impératifs et qui s’y tiennent, surtout à l’heure de l’apéritif !

De rage, je quitte cette ville ingrate et ses Craponnais. Je ne visi-terai pas son donjon du XV eme siècle, ni la tour du“ Marchédial“ du XVI eme. Je me contente de la fontaine de la place du for (forum) du XVIII eme siècle. Obligé, je passe devant !

A la sortie du village, je suis poursuivi par une voiture qui me klaxonne ; surpris je ralentis en maudissant cet idiot qui pourrait affo-ler mes ânes avec sa sirène. C’est une dame qui veut à tout prix nous photographier ; elle nous a vus dans le village et veut absolument im-mortaliser notre passage sur la pellicule. Ah, gloire et célébrité ; quand tu nous tiens ! Je regrette qu’elle n’ait été devant l’épicerie ; je lui au-rais confié mes“ Bourris“ avec plaisir. Quelques centaines de mètres plus loin, Je rencontre un monsieur charmant, témoin amusé de la scène. Nous engageons la conversation ; je lui raconte ma mésaventure au centre du village et le fait que je me passerai de mon frugal repas de midi. Le brave homme me tourne brusquement les talons en me di-sant : « Ne bougez pas, je reviens tout de suite ! » Effectivement je le vois réapparaitre quelques minutes plus tard avec, dans un sac, 3 yaourts, 2 pommes et une bouteille d’eau. Je me propose poliment de lui payer les vivres. Il refuse énergiquement, en me rétorquant : « Je m’occupe habituellement des gens quand ils sont allongés et plus spé-cialement morts ; permettez-moi pour une fois de rendre service à quelqu’un qui est vivant et bien debout ! » Accompagnant le geste à la parole, il me montre l’enseigne sur la grille de la maison voisine. MARBRES. PIERRES TOMBALES. Etc. Je ne peux m’empêcher de rire, en lui souhaitant sincèrement de bonnes affaires et beaucoup de clients.Ca leur fera les pieds aux Craponnais !

Je reprends la route, direction Chomelix en restant sur la D 1 ; je me prive certainement de beaux paysages, mais je pense de cette façon économiser mes porteurs et surtout aussi, mes pieds. Les accotements sont larges et souples. Il me semble plus facile et beaucoup moins douloureux de marcher sur le plat.

130.000 pas plus tard, nous arrivons à Chomelix, en calculant le pas à 0,60 mètre, cela correspond en langage, courant de nomade, à 8 kilomètres. Nous traversons l’Arzon, pour pénétrer dans ce village su-perbement fleuri. Chomelix viendrait de Chalmélis (chemin des eaux). Ce village est traversé par 2 rivières l’Arzon et la Chamalière, ainsi que de plusieurs petits ruisseaux. Sur l’église du XIV eme siècle on peut voir deux coquilles sculptées. Nous sommes entre le chemin de César et la voie Bollene. Saint Jacques nous guide Nous saluons rapidement les ruines du château d’Arzon, dressé sur sa colline et portant les stigmates de plusieurs siècles de guerre, entre les seigneurs du cru.
Une futaie ombragée et un pré à l’herbe grasse nous offrent le gîte pour le repas frugal de midi. Pendant que je gobe mes deux yaourts et mes deux pommes, assis contre un sapin, mes cadichons jolis s’empiffrent de trèfles, d’herbes, et de fleurs de montagne. Les voitures qui passent à vive allure sur la Nationale, couvrent à peine le bruit de leurs mâchoires. Je prends le temps de me faire un café et 20 minutes plus tard : debout pèlerin, le chemin t’appelle…..

Le prochain village est Bellevue-en-Montagne, cette bourgade a certainement eu, en son temps son heure de gloire, mais comme beau-coup d’autre elle est désertée par ses habitants. Deux anciens se ré-chauffant les os devant leur maison de pierre me renseignent sur la suite du chemin : Au lieu-dit « Peugnet », à droite. Effectivement, je re-trouve les balises à l’endroit convenu. Je quitte la D 1 et je me dirige vers Montredon, minuscule hameau de quelques maisons. En traver-sant un petit pont, nous croisons des randonneurs, certainement trop épuisés ou la gorge trop sèche, pour répondre à notre salut. Nous les remercions de leur politesse, par un grand «Au-revoir » et nous pour-suivons notre chemin.

Sur notre droite, nous dépassons un spectacle qui me fait mal “aux tripes“. A 300 mètres du chemin un superbe corps de ferme, dans le plus pur style de la région, se détache de la lisière des bois. Pour y accéder, un petit pont enjambe un ruisseau qui se déroule en chantant, sur les dix hectares de prés verdoyants, entourant cette propriété. Une véritable carte postale de vacances ! Sauf que le corps de ferme est en ruines. Chaque hiver, à chaque orage, les pierres que des maçons consciencieux ont empilées il y a deux siècles, s’écroulent dans les or-ties et les ronces qui, peu à peu envahissent l’édifice.

Une fois de plus, j’ai honte pour les héritiers de telles merveilles qui ne respectent pas le labeur de leurs anciens. Un tel crime devrait être inscrit dans le Code pénal et puni sévèrement.

Quelques crottes de moutons sur le chemin me renseignent sur la présence, au détour du prochain virage de la ferme de Martine et Jean Louis Vigouroux, mes hôtes paysans de ce soir. Il est 17 heures 30 ; nous sommes contents d’être arrivés, nous avons parcouru aujourd’hui une bonne trentaine de kilomètres.

Martine m’accueille, en grosse forme, sur le perron ! Elle est en-ceinte et resplendissante ; la naissance d’un petit Zacharie est attendue pour le 11 juillet. Quelle bonne surprise… ! !….

Asseyez-vous, je vous raconte : Martine et Jean Louis se déses-pérant de ne pas avoir d’enfants, se décident enfin à adopter. Après le marathon obligatoire des formalités administratives, leur choix se porte sur deux charmants bambins de la même fratrie, venant de la république haïtienne. Benji est maintenant une superbe fillette de 9 ans et Elder, son frère un futur footballeur de 8 ans. L’histoire, me direz-vous est des plus ordinaires. Mais il y a 2 ans, Martine se retrouve enceinte et met au monde une splendide poupée aux yeux bleus, ré-pondant au doux prénom de Salomé. Maintenant, Zacharie pointe son nez, où vont-ils s’arrêter ?

Mes “huit pattes“ sont confortablement installés dans un pré à proximité de la ferme. Une toilette rapide, avec l’étrille et la brosse, me signale un petit bobo chez chacun de mes“ Bourris“, les tapis de bâts un peu humides, la chaleur et le frottement ont chauffé, un peu la peau et les poils à l’emplacement des arceaux de bâts. Jean Louis me donne une bombe de produit cicatrisant, qui, parait-il est formidable pour les moutons. Testons-le sur le cuir des ânes ! Deux seaux d’eau et une ration d’orge écrasée complètent le régime pour ce soir. Dès qu’ils sont brossés et étrillés, mes coquins s’éparpillent dans le pré et se roulent dans la poussière, en grognant de bonheur.

Ce soir, pas de “guitoune“ à monter. Je prends possession de ma chambre, le dortoir du gîte étant complet, rempli par d’autres ran-donneurs ; Elder m’a laissé gentiment la sienne.

Après avoir rentré mes sacoches, je m’occupe de mes pieds ; ils baignent toujours dans leur jus. Ce soir, ils auront droit à leur bain d’eau chaude salée, additionnée de javel et d’une bonne couche de pommade antiseptique, car moi je le suis, septique sur la santé et le devenir de mes pieds ! Je prends une apaisante douche chaude ; je fais une bonne lessive, les derniers rayons de soleil sècheront le principal.

Je me mets sérieusement à l’écriture de mon journal ; il est plus facile d’écrire assis sur une chaise et accoudé à une table, il me semble que l’inspiration est plus productive !
A 20 heures, une souriante frimousse se glisse dans l’huis de ma porte. Benji m’annonce que la soupe est prête.

Ce soir, soupe de légumes frais, saucisson de mouton ( spécialité de Jean-Louis), le pâté de sanglier de mes hôtes de la Loire, le reste de mon cake aux olives avec une salade d’endives, ragoût de mouton aux carottes( spécialité de Martine) avec un peu de riz, fromages, le tout arrosé d’un Côtes du Rhône, gâteaux, café, une petite gnole de pays. Voila des gens qui savent vivre. Il est 22 heures 30, je prends congé à regret de mes hôtes. Eux ils ont encore du travail et moi, j’ai “trop beaucoup“ sommeil.

La tribune des ânes :

PRALINE :
Dis-moi mon Amandin joli, notre ânier de service se serait-il assagi ? Tu as vu, aujourd’hui : pas de cailloux, pas de ruisseau. 20 minutes d’arrêt à midi pour déjeuner. Que se passe-t-il. J’ai bien peur qu’il nous réserve une mauvaise surprise, le gredin.

AMANDIN : T’as raison, ma Pralinette adorée, y’a de l’anguille sous le rocher et du mou dans la corde à nœuds,
Mais je crois surtout qu’il a mal aux “arpions“, il est un peu à l’étroit dans ses “pompes“ le malandrin.

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L’homme a inventé la montre, mais,
Dieu à inventé le temps.
Proverbe Touareg

7eme étape : Samedi 3 mai 2008
LE CROS >>>>>>>>>> LE PUY.

23 kilomètres.

Après une bonne nuit réparatrice ; je vous avoue que je suis tombé comme une“ masse“, hier au soir. Je me risque à ouvrir une paupière à 6 heures 30.

La clarté du jour filtre à travers les persiennes et le soleil pointe déjà sa frimousse à l’Est du Cros. Malheureusement, nous ne sommes pas à l’est d’Eden ; je ne suis pas James Dean et Julie Harris n’est pas là, pour me tenir compagnie. Je me replonge honteusement sous la couverture et n’ayant pas de Julie, je retourne dans les bras de Mor-phée !
7 heures 30, je me décide à émerger ; il ne faudrait pas beaucoup plus de flemme pour me trouver une excuse et rester une journée de plus dans ce coin formidable.
Une bonne douche finit de me sortir de ma torpeur. Je soigne soigneusement mes pieds, le processus de la guérison se déroule nor-malement, le pronostic vital n’est pas engagé. Mes “ripatons“ sont au garde-à-vous dans leurs petites poupées. Il faut dire que depuis deux jours, j’ai remisé les rangers dans les sacoches et que je marche avec des chaussures de brousse, en toile légère.
Je plie mes bagages et Zou ! Direction petit déjeuner. Benji et Elder me tiennent compagnie. Ils sontassez surpris par le repas du ma-tin, préparé par Martine, leur maman, à mon égard : un grand bol de café fumant, du pain de campagne, du beurre salé, de la confiture de mûres, maison. Jusque la rien d’anormal, mais aussi deux œufs aux plat, du saucisson, du fromage de brebis, 2 yaourts et deux pommes…

J’engloutis ces merveilles de la nature, avec bonheur, je me pose encore la question sur mon départ. Je demande à Martine la permission de garder les yaourts et les pommes pour mon midi ; elle acquiesce en souriant et glisse en plus dans le colis, 4 œufs frais pondus et un petit bocal de pâté de mouton.

Je pars chercher mes deux baudets ; ils sont au fond de l’enclos ; ils s’affairent vaillamment et méthodiquement à raser le pré de Jean Louis. Je les siffle et ils arrivent doucement, nonchalamment, eux aussi resteraient bien une journée de plus dans cet endroit.
J’inspecte soigneusement les pieds de mes deux “Bourris“. Je brosse méticuleusement encolure, poitrail et dessous-de-ventre. Je traque et soigne touts les petits bobos. Celui de PRALINE n’est pas trop vilain ; un jet de bombe magique et un bon pansement, ça ira pour la journée.
A 9 heures 30, j’ai fini de bâter et après une dernière séance de photos avec les autres résidents du gîte, nous prenons la route pour la dernière étape. Christian, un des leurs, décide de m’accompagner. Il m’explique qu’il a besoin de bouger. Il n’est pas venu ici pour dormir et flemmarder. Il me raconte une histoire époustouflante : il y a trois ans, alors qu’il était en voyage à l’étranger, il a été victime subitement d’un malaise et il s’est réveillé trois mois après. Quatre vingt treize jours de coma profond, sans explication. Il estime, à juste titre, qu’il a de l’avance de sommeil et que, depuis cette aventure, il se lève très tôt le matin et profite au maximum de ses journées, et surtout de la vie…..

Il songe, lui aussi, à accomplir le pèlerinage pour connaître ses limites et remercier……….la vie.
Nous apercevons, au loin, bien caché dans les bois, le château de la Rochelambert, merveille du XV eme siècle, magnifiquement con-servé. Il est encastré dans la falaise rocheuse, comme un diamant dans son chas.
Christian m’accompagne jusqu’à l’entrée de Saint Paulien. Un dernier clic pour la photo-souvenir et nos chemins se séparent. Je tra-verse Saint Paulien ; je passe devant la place du marché ; lors de mon dernier passage, j’avais acheté un fromage, spécialité de la région, la tome aux Artizoux. C’est un fromage merveilleux, interdit aux “Yan-kees“ ; armé d’une bonne loupe, on aperçoit un fourmillement de pe-tites bêtes microscopiques, « les artizoux ». C’est eux qui font le fro-mage. Je ne renouvellerai pas l’expérience cette fois-ci, pourtant, je peux vous assurer que j’aime le fromage fort, mais celui-là à vraiment trop de caractère !

Depuis que Christian, m’a quitté pour retourner au Cros, j’ai une nouvelle compagnie. Une petite fille d’une dizaine d’années, nous suit à vélo. Elle est toute ronde, ses cheveux blonds, frisés entourent son visage aux yeux rieurs. Ses joues rouges respirent la bonne santé des enfants de la campagne. Elle m’explique, en minaudant qu’elle s’appelle Vanessa, qu’elle adore les ânes, que c’est son animal préféré et que si ses parents avaient 10 grammes de gentillesse envers elle, ils lui en offriraient un, pour son prochain anniversaire. Pourvu qu’elle ne veuille pas m’échanger Praline contre son vélo !

Nous arrivons devant l’église Saint Georges, magnifique édifice du XI eme siècle de style roman ; elle est en face de la poste, boutique tout à fait ordinaire sans style, typiquement XX eme siècle. Ca tombe bien, je dois m’y rendre, à la poste, pas à l’église. Je confie mes “sa-coches à quatre pattes“ à Vanessa, pendant que j’investis la poste de Saint Paulien. La postière m’accueille avec un grand sourire et me dit qu’elle ma vu hier, lors de mon passage à Chomelix. Si je ne suis pas encore connu du grand public, je commence à être reconnu par les postières ! Il faut un début à la gloire. Je lui laisse le soin de renvoyer “at home“, contre quelques €uros, des affaires superflues, pour alléger les sacoches.

Je retrouve ma gardienne de baudets devant l’église ; elle est très ennuyée et presque en pleurs. Les deux malandrins ont profité de mon absence et de la faiblesse de leur vigile, pour bâfrer les fleurs du par terre.
Nous fuyons comme des voleurs, avant que des gens bien atten-tionnés, nous envoient la maréchaussée. (Dixit feu Georges Brassens le poète moustachu)

Vanessa m’accompagne jusqu’à la sortie de la ville et je dois presque me fâcher pour qu’elle retourne chez ses parents, même s’ils n’ont pas 10 grammes de gentillesse.
Nolhac, Marmilhac, Bilhac, je suis dans la série des “hac“, en di-rection de Polignac. PRALINE vient de me faire une crise pas banale. Nous marchons d’un bon pas sur un beau chemin sableux, bordé de haies, juste ce qu’il faut pour reposer les sabots et les pieds des pè-lerins, ânes et humains. Tout à coup, Mademoiselle me fait un refus ; elle ne veut plus mettre un sabot devant l’autre. Devant nous, le chemin est tout neuf, une vraie cendrée de stade olympique. Le revêtement est en pouzzolane (roche volcanique écrasée). Ce matériau est marron rouge, couleur qui ne plaît pas du tout à la “donzelle “!

Après moult péripéties, suppliques, menaces, je la détache et je la “plante“ au milieu du chemin. Je prends AMANDIN par le licol et l’entraîne droit devant. Pas de réaction, c’est une grève sur le tas ! Qu’elle est peur de l’eau, ça m’énerve, mais je peux comprendre. Maintenant s’il faut, pour mes “Bourris“ un revêtement spécial sur les routes, je démissionne. Nous avons parcouru une bonne centaine de mètres avec AMANDIN, la bourrique n’a toujours pas bougé, elle reste“ campée“ sur ses positions, au centre de la chaussée, les naseaux au ras du sol, reniflant et soufflant sur cette matière qu’elle ne connait pas. J’avance toujours, puis tout à coup elle se décide, un pied en avant doucement, l’autre en réfléchissant et enfin elle se décide et marche sur la pouzzolane, en restant tout de même à bonne distance. Nous marchons comme cela pendant 3 kilomètres et nous retrouvons le goudron à l’entrée d’une zone industrielle. C’est le moment que choisit la minette pour augmenter la cadence, revenir vers nous et se remettre devant AMANDIN.

Nous arrivons devant la Nationale 102. Confiant, je ne regarde pas la carte, et nous traversons ; nous avons encore raté une balise. Je dois avouer que je suis souvent emporté par mon enthousiasme et que je marche droit devant moi, me guidant au soleil, à la boussole et aussi trop souvent au “pif“. C’est le charme de la randonnée, et cela m’occasionne de multiples demi-tours. Ce que nous faisons, Polignac est dans mon dos, et je dois m’y rendre. Demi-tour, et nous retraver-sons la Nationale en suppliant les automobilistes, roulant à pleine vi-tesse de nous laissez passer. C’est encore un camion qui ralentit pour nous céder le passage. Je profite de ce passage (d’écriture) pour re-mercier les routiers “sympas“. Si nous sommes, nous les randonneurs au long court, les écuyers des chemins, ils sont les chevaliers de la route.

Après avoir longé la Nationale, nous plongeons sur Polignac. Au loin, la forteresse bien plantée sur son piton rocheux, domine la plaine du haut de son donjon carré de 32 m de haut, construit au XIV eme siècle. Les vicomtes de Polignac sont propriétaires de la place forte de-puis le XI eme siècle.
La ville étant idéalement placée, les évêques du Puy et les vi-comtes de Polignac se livrèrent une guerre sans merci, pendant deux siècles, à propos de l’octroi des péages des routes des pèlerinages.
Heureusement, ce temps est depuis révolu ; nous passons sans encombre et surtout, sans payer le moindre écu.

Nous continuons sur Cheyrac, il fait chaud et soif ; ma gourde est vide. En passant devant une jolie maison fleurie ; je demande au propriétaire, assis dans son jardin, s’il peut me ravitailler. Gentiment il me remplit ma gourde et amène un seau pour mes deux “Bourris“. Ayant subitement envie de se dégourdir les jambes, il me propose, avec son épouse, de me guider jusqu’au Puy-en-Velay. J’acquiesce avec plaisir.
Escortés de mes deux nouveaux compagnons, nous avançons prestement sur le chemin. Nous suivons le chemin de Hurlevent qui domine la plaine de Rome, puis les hauteurs de la ville du Puy. Nous descendons par la rue des Jardins et nous arrivons au Pont tordu ; il enjambe la Borne, qui serpente au nord de la ville avant de se jeter dans la Loire à Brive-Charensac. Nous le traversons et nous débouchons sur la rocade d’Aiguilhe.

Nous arrivons devant Aiguilhe ; j’aperçois au loin, un édifice planté sur un pic rocheux, tels les monastères des monts Météores en Grèce. Mes deux nouveaux compagnons de route, faisant office de guide touristiques m’expliquent que cette chapelle dédiée à Saint Mi-chel, a été construite sur une cheminée de volcan au X eme siècle par Godescalc, évêque du Puy à son retour du premier pèlerinage français à Saint Jacques-de-Compostelle. Aiguilhe veut dire piquante, certai-nement une transformation d’aiguille. Il est plaisant de rencontrer de telles personnes, connaissant bien leur région. La visite devient tout de suite plus vivantes et plus intéressantes que de feuilleter un topo guide ou un guide touristique.

Mes deux accompagnateurs me laissent un peu avant l’entrée de la ville, je les remercie chaleureusement (il fait au moins 35° à l’ombre) !, ils me souhaitent bonne route, c’est le genre “brèves ren-contres“.

Nous continuons notre avancée par le boulevard Montferrand et nous descendons dans la ville du Puy. Nous contournons la cité par l’ouest. Nous dépassons la tour Pannessac et nous saluons au passage le marquis de Lafayette, dressé au milieu du boulevard Saint Louis. Au loin, nous pouvons admirer toutes les merveilles architecturales de la cité, nous n’aurons pas le temps de visiter toutes ces monuments, mais nous nous promettons de le faire lors de notre prochain voyage. Notre départ pour Compostelle se fera à partir du Puy. Nous irons visiter la cathédrale et peut-être mes “Bourris“ aurons t’ils la permission de gravir les 134 marches pour accéder au perron et se faire bénir!

Pour l’heure, il nous faut traverser la ville pour rejoindre le GR 70. La circulation est dense en ce samedi après-midi du mois de mai, les gens me saluent gentiment ; s’ils ne sont pas trop habitués à rencontrer des ânes, ils ne sont pas surpris par la démarche du pèlerin. Je suis, une fois de plus surpris par le comportement exemplaire de mes deux “Bourris“ lorsqu’ils sont en ville ; aucune crainte des voitures, les klaxons n‘ont aucun effet sur leur attitude. Ils sont imperturbables. Ils veulent d’ailleurs à tout prix circuler sur la chaussée et non pas sur les trottoirs ; il faudra que je me renseigne sur ce que prévoit le code de la route pour les animaux à longues oreilles et à quatre pattes.

Après le boulevard du maréchal Fayolle, l’avenue Georges Clémenceau, un dernier pont pour traverser la Dolaison, autre affluent de la Loire. Nous allons en direction de la rue P.Farigoule. Nous ap-prochons de la sortie ; Farigoule, le thym et le basilic ; nous allons bien vers le sud. Nous sommes presque dans le jardin des dieux. La traversée du Puy nous prend environ deux bonnes heures. Il est presque 17 heures 30 lorsque nous abandonnons le goudron, les feux tricolores et les passages pour piétons. Nous retrouvons la verdure et l’ombre des arbres. Nous repérons un joli pré avec un saule immense, à côté d’une villa ; cet endroit serait très bien pour la pâture de mes ânes et le bivouac du pèlerin. La fatigue me rend hardi. Je sonne au portail de la maison et demande s’ils connaissent le propriétaire du champ voisin, et si, par hasard, je peux éventuellement m’y reposer pour la nuit. Ce sont des gens charmants ; le pré est à eux et ils ne s’opposent pas du tout à mon invasion subite. Ils me proposent de l’eau pour mes baudets et, comble de l’hospitalité, mon hôte sort sa tondeuse de la remise, pour me défricher 10 mètres carrés d’herbe pour planter plus facilement ma “guitoune“.

Dois-je remercier le ciel, le bon St Jacques ou tout simplement l’homme serviable envers son compatriote ? Dans le doute, je les re-mercie tous les trois à parts égales pour leur aide.
Demain, nous prendrons la direction du Monastier-sur-Gazeille ou une journée de repos nous attend. Ensuite nous partirons pour douze étapes, sur le chemin de STEVENSON, mais ce sera une autre histoire, et un autre carnet de voyage………

La tribune des ânes :

PRALINE :
Dis-moi, mon bon AMANDIN, l’as tu entendu, le pèlerin, dire aux deux personnes qui sont venues avec nous, que c’était demain un jour de repos ? Moi, ce matin je serais bien restée avec Benji et Elder ; l’herbe du pré était bonne et ils étaient gentils avec nous ; pas comme ce tyran, qui s’imagine que ça nous fait plaisir de marcher tous les jours, sous la pluie et après, en plein soleil. Et puis tu as vu, il nous fait marcher sur des chemins bizarres qui sont tout rouges !

AMANDIN :
“Qu’es tu crois“ ma PRALINETTE adorée, j’ai pas les “portugaises ensablées“, mais, nada ! c’est pas tomorow la “récré“, c’est le jour d’ après. Repos complet ; je vais me mettre les sabots en éventail, ma fillette. Avec un “chouïa“ de veine ; peut être que s’il a trop mal aux “pa-nards“ on restera un jour de plus ! Pis t’as vu, je fais ci, je fais ça, avec son “clapet“, il en fait des choses, si on n’était pas la pour porter le barda, y serait moins “fiero“ le pèlerin d’opérette.

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EPILOGUE

« J’ai cherché l’aventure toute ma vie, une aventure pure et sans passion, comme il advenait aux premiers et héroïques voya-geurs ; et être surpris ainsi par le matin à la lisière d’un bois- inca-pable de faire la différence entre le nord et le sud, aussi étranger à ce qui m’entourait que le premier homme de la planète, naufragé de l’intérieur des terres ; c’était voir se réaliser une part de mes rêve-ries. »

R.L STEVENSON. « Voyage avec un âne dans les Cévennes ».

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Après ces sept jours de marche, ma première vraie randonnée, je suis loin des voyageurs au long cours. Guy DUFFROY, Jacques CLOUTEAU et bien d’autres qui m’ont précédé sur les chemins.

Pour moi, j’ai fait un beau voyage, pas un voyage extraordinaire. Non, tout simplement un beau voyage. En laissant derrière moi, sur des kilomètres, des moments de bonheurs partagés et de galères en solitude.

Ce que je reprocherais à mes illustres prédécesseurs, c’est d’avoir fait un peu trop de littérature. C’est de ne pas avoir trop parlé des moments de galère ; pour ma part les moments de difficulté, on forgé ma détermination de continuer à voyager en randonneur solitaire. Il est vrai que le souvenir des bons moments est plus présent dans la mémoire. J’espère ne pas décevoir les lecteurs de ce carnet de voyage, en parlant autant des mauvais moments que des bons. Ils sont ensemble dans ma conscience.

Je reste persuadé que l’expérience de ce premier périple me don-nera le courage de repartir rapidement.

J’essaierai de ne pas trop maudire les malfaisants de la nature, destructeurs de nos beaux chemins, les poseurs de barbelés en tous genres, faisant ressembler nos paysages à des camps de concentration.

J’essaierai d’oublier les villages abandonnés, ces lieux chargés d’histoire, envahis par la ronce et les “vorgines“. Je garde l’espoir ; un jour peut être des gens de bons sens se lèveront et comprendront qu’il faut renverser cette tendance, s’il n’est pas trop tard.

Je garderai dans ma mémoire la beauté de notre terroir, nos belles montagnes, les grandes plaines verdoyantes, s’étalant à l’horizon, les couleurs magnifiques que nous offre dame nature, l’ocre des chemins, le bleu du ciel, les multiples palettes de vert et de jaune des sous- bois, des forêts épaisses et des prés de printemps.

Je garderai dans ma mémoire, le bonheur de randonner dans notre beau pays.

Je garderai un souvenir ému de la compagnie de mes deux “Bourris“. ils m’ont fait bavé des “ronds de chapeaux“, mais, ils ont supporté sans rechigner mes cris et mes sautes d’humeur. Leur fré-quentation journalière est une école de tolérance et apprend, (surtout en ce qui me concerne), à réfléchir. La musique adoucit les mœurs, la pré-sence des ânes aussi. Ils ont quasiment toujours par leur présence, dé-clenché des réactions positives ; ils m’ont ouvert les portes, attiré la sympathie de mes semblables, apporté de grosses bouffées de souvenirs de jeunesse, et peut-être amené sanglots et larmes au coin de l’œil à des anciens, rencontrés sur le chemin.
Il ne me reste plus qu’à préparer le prochain voyage, si mes “Bourris“ sont d’accord.

PRALINE :
Dis-moi, mon AMANDIN formidable, es-tu d’accord pour repartir, avec notre pèlerin de maître, s’il nous le demande gentiment ? J’ai peur qu’il ait vraiment perdu la raison ; et qu’il se perde tout seul sur les chemins. Tu as entendu, Il se fait appeler maintenant. « L’ânier de Saint Pierre ! »

AMANDIN :
Qu’es tu croit, ma PRALINETTE. Bien obliger, Qu’es qui f’rait sans nous le “bargeot“, on peut pas le laisser tout “seulo“, surtout que s’il a des courants d’air dans la“ cal-bombe“, comme tu dis, y ferais tout plein d’hommeries.

« Car le jour où l’homme, il fera des âneries, c’est qu’il sera devenu intelligent, comme nozigues. »

Check liste de la randonnée

Pour Moi : Matériel :
Une tente (prévoir tente 2 places pour rentrer le matériel)
Un matelas, un duvet, un oreiller gonflable.
Une couverture (plaid)
Un réchaud à gaz, une popote, ouvre- boite
Une casserole, une poêle, boites en plastique
Un bon couteau, cuillère et fourchette
Un topo guide, cartes, une boussole, porte carte
Carnet de route, stylo, magnétophone.
Crédential, livres
Une paire de jumelles, un appareil de photos + chargeur
Une boite d’allumettes et un briquet
Une lampe électrique, une lampe frontale
Deux gourdes 1 litre minimum
Une paire de chaussure de marche, une paire de sandales
Un rouleau de papier hygiénique. Serviettes de table
Une gratounette et liquide pour la vaisselle
Un rouleau de sac poubelle petit
Un bâton de marche, un parapluie
Une pelle pliante, une machette (facultatif, moi j’avais)
Un marteau, une pince coupante, une scie pliante
10 clous alu, un sachet de vis, un tournevis.
Deux aiguilles et du fils suiffé.

Habillement :
Un chapeau, une paire de gant en cuir, une cape de pluie.
Un pantalon de treillis, un bon ceinturon
Une parka, une veste en laine, une paire de guêtre. (Facultatif)
Une paire de short, une paire de tee shirt.
Une paire de chemise en coton
Trois paires de chaussettes, une paire de slip.
(Important, chaque vêtement plié individuellement dans une poche en plastique)
Pour l’hygiène :
Deux serviettes et un gant de toilette, 6 pinces à linge
Une savonnette, un déodorant
Une brosse à dents / dentifrice
Un peigne, une brosse, une paire de ciseaux
Un nécessaire à pharmacie.
(Pommade à l’arnica, pansement pour les ampoules)

Pour Praline et Amandin Pour le Pèlerin l’alimentation : au départ
Les carnets de santé 500 gr de pâtes.500 gr de riz
Deux bidons de 5 litre pour l’eau Sachet de soupe lyophilisés.
Matériel de soins pour pieds Un saucisson sec
Un sac de 4 kg d’orge sel et poivre
Deux seaux en plastique une topette d’huile d’olive
Deux longes de 10 m confiture, miel, fruits secs
Pharmacie, pommade antiseptique café et thé en sachet, chocolat
Une bâche de protection conserve :( pâté, thon, sardine)
Bouteille de gnole. (Important)

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REMERCIEMENTS.

Je voudrai remercier chaleureusement toutes les personnes qui, au cours de ce voyage, nous ont apporté un peu de chaleur et de gentil-lesse ; quand les croquants jouaient les croquants, même s’ils n’étaient pas auvergnats, (Merci Monsieur BRASSENS). Ce fut le remplissage d’une gourde quand il faisait soif ; une tasse de café quand il faisait froid et humide. D’autres fois un repas partagé à la table familiale, voire même l’hospitalité d’une nuit dans un lit bien douillet. Sans oublier la ration d’orge, d’eau fraiche et de foin sec pour mes “ Bourris“.

Merci à Marie Thérèse et Marc BERTHET, les hospitaliers de Saint Jacques. Merci à Monsieur et madame JOLLY. Merci à MARIA la cavalière. Merci à Monsieur MIRMAND, le fabricant de pierres tom-bales de Craponne-sur-Arzon. Merci à Martine et Jean Louis VI-GOUROUX, mes hôtes paysans et leurs enfants Benji et Elder pour leurs sourires plein de dents. Merci à Christian qui m’a donné une le-çon de courage. Merci à Vanessa la petite blondinette à vélo.

Merci enfin à tout les anonymes qui par un sourire ou un clin d’œil m’ont réchauffé le cœur ; et de ce fait, sont devenu les héros de ce journal.

Je voudrai remercier aussi tout mes amis du comité de lecture : Jean le professeur de français (pas du tout désagrégé), Georges mon beauf, (intellectuel de droite fatigué, mais encore lucide), Cédric et Cécile mes enfants ; Paul et Sainjack les randonneurs Compostellans ; Gérard, le webmaster du site « lanierdestpierre .free.fr », et enfin Brigitte ma partenaire préférée au ping-pong (elle seule comprendra !). Enfin tout mes copains et copines qui ont traqué sans relâche, les fautes d’orthographes, les fautes de ponctuations, les fautes de synthèses et les répétitions. (Ils ont eu du boulot les bougres).

Je voudrai remercier aussi ma douce et charmante épouse Rose Marie pour m’avoir laissé partir sur les chemins de l’aventure et surtout de m’avoir laissé revenir à la maison. Et sans oublier FIFTHY, bloquée à la maison par une crise d’arthrose.

Je les remercie pour les petits mots attentionnés que j’ai rajoutés à cet humble ouvrage.

Je voudrai remercier, Maurice DEPAIX et Richard SMOLAREK, mes présidents pour leur préface élogieuse.

Je remercie, enfin tout les saints qui, m’ont accompagné tout au long du voyage, Saint Joseph. Saint Marcellin. Saint Félicien, Saint Honoré, Saint Marc (de Bourgogne) et tout les Saints de la cuisine.

(J’ai la nette impression d’être au Molière de la télé).

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Les élucubrations ( j’espere) sincères
du comité de lecture :

La préface étant déjà écrite, je me contenterai de la “ postface “du premier bout de chemin de COMPOSTELLE. Saint Jacques sera très honoré de voir débarquer ce pèlerin. En presque quarante ans, je pensais avoir fait le tour des dons et des qualités de Roland.En pre-mier lieu, sa famille et ses amis apprécient depuis de nombreuses an-nées les talents culinaires du « chef de cuisine ».En deuxième lieu, le bricolage de haut niveau n’a aucun secret pour lui (maçonnerie, plâtrerie, peinture, jardin, etc., etc.).
En résumé « Monsieur sait tout faire ». Sans oublier les cotés sportif et pas des moindres : Marathon de NEW YORK en 2006.En 2004, Roland, jeune retraité, révèle sa passion pour les ânes. Fin avril 2008, il se lance, en préambule du pèlerinage de COMPOS-TELLE sur les traces de R.L. STEVENSON. « 190 kilomètres en 7 jours avec deux ânes bâtés pour les bagages » Les notes relatant ce voyage sont passionnantes et montrent de la part de l’ânier une volonté de fer malgré les intempéries et les souffrances et de la part de ses compagnons les ânes une certaine “ bonne compo-sition“.
J’espère sincèrement que ce voyage n’est que le prélude à des aven-tures encore plus passionnantes qui mèneront Roland à SANTIAGO de COMPOSTELA.
Ce recueil se lit avec délectation et aux qualités déjà citées plus haut, on peut ajouter un don certain pour la prose.
On attend la suite……….
Merci Roland, chapeau BÂT.

Georges LAGIER.

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Ce voyage apporte des informations importantes sur les problèmes rencontrés lors des randonnées. Les anecdotes imagées, les réflexions et les réparties aux riverains peu coopérants bien envoyées. Les situa-tions réelles sont décrites sans exagérations, elles sont rarement abordées dans les ouvrages déjà paru.
Les bons moments sont innombrables et on les retient ; mais il faut aussi parler des galères de toutes sortes survenant en chemin. Le novice appréciera le coté « cool » du voyage et tirera profit de cette ex-périence.
A savoir qu’il n’est pas facile de transcrire sur le papier ce type de voyage, la routine quotidienne n’est embellie que par les situations cocasses et imprévues.
En conclusion, et surtout à l’attention des futurs âniers : il faut être entrainé, avoir des compagnons aux grand’ oreilles longuement éduqués pour apprécier les moments merveilleux que procure ce style de déplacement “autonomie, contacts humains et LIBERTE’’.

Sainjack le muletier Caladois.

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Dans ce livre j’ai passé un moment agréable à voyager dans les diffé-rents petits villages d’autrefois, à la rencontre de personnes de tout âge. On prend le temps de retrouver les vraies valeurs de la vie, sim-plement rencontrer son prochain.
J’ai trouvé amusant ces ânes qui après des kilomètres de marche par-lent de leur maître avec humour, on s’imagine dans un sketch.
Et puis cet homme qui malgré les blessures qu’il endure sur sa route, a le courage de continuer son chemin, pour rencontrer la beauté que la nature lui donne
Je suis très fière car cette personne est mon père.
Comme vous avez pu le deviner, en lisant ce livre j’ai voyagé, pris des fou rire, je remercie son auteur, et je suis impatient de lire ses pro-chains récits.
Merci papa.
Cédric

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Ce récit retraçant les quelques jours de randonnée d’un marcheur avec ses ânes, sur le chemin de Compostelle est plein d’humour. J’ai beaucoup aimé quand les ânes parlent et se moquent gentiment de leur propriétaire. Les bons moments et les galères sont bien racontés.
En lisant ces lignes nous percevons un des principaux traits de carac-tère de Roland : un aventurier qui poursuit son chemin malgré des pieds douloureux et des ânes qui ne veulent pas traverser les rivières.
Le plus fabuleux de ce récit est que le marcheur remercie Saint Antoine de Padoue pour l’avoir aidé à retrouver son étendard. Qui l’aurait cru ! (Quant on connait Roland). Peut être est-ce les grâces du pèlerinage ! !
Cécile.

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Moi, FIFTHY, je veux aboyer ma déception de ne pas être partie sur les chemins de Saint Jacques avec mon maître Roland et de mes com-pagnons à grandes oreilles PRALINE et AMANDIN.
J’aurais pu lui éviter les détours et pertes de chemin, car avec mon pouvoir de chien d’aveugle, vous pensez bien que j’aurais mené le convoi au PUY sans méandres inutiles.
J’ai lu les élucubrations de Roland, le style est amusant, mais il se plaint toujours de ses pieds malmenés et blessés, que croyait-il en par-tant faire 30 kilomètres par jour, que ce serait facile ? Sous prétexte que son ami Paul à fait le trajet d’une seule traite, il pensait faire de même sans dégât? Heureusement que PRALINE et AMANDIN lui ont mis, non pas du plomb dans la cervelle, mais de la boue aux guêtres et l’on calmé le pèlerin. Et ils lui ont permis d’attirer la sympathie des personnes croisées pendant le voyage.
Bon, allez, je ne suis pas jalouse, car il aurait été capable de me faire porter une partie de son bardât. Et moi, je suis un guide, pas une bête de somme.
Une lèche baveuse pour mon maître.
Ce texte à été écrit en collaboration avec Gérard le webmaster.

Fifthy le LABRADOR

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J’ai trouvé le récit de Roland très intéressant, même passionnant. Il à des idées originales, beaucoup d’humour et de la sagesse aussi. Il aime par-dessus tous ses deux compagnons à grandes oreilles. Je ne connais pas sa vie privée, mais ont sent quelqu’un de sensible qui a souffert quelque part…….dans une autre vie …..Peut être.
Il peste contre la bêtise humaine, primaire et inconsciente, je suis entièrement d’accord avec lui.
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire et à corriger le premier manuscrit. Roland, je t’en prie attention à l’orthographe et à la ponctuation, c’est la respiration de la phrase.

ULTREIA

Jean COQUARD
(Ancien prof de français)

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J’ai beaucoup apprécié la manière de raconter ce journal de voyage. .La tribune des ânes est vraiment super, ce sont eux les vrai héros !
A travers ce texte, Roland livre également beaucoup de lui.
Je ne suis pas fondamentalement surprise, mais tout de même, il montre une sensibilité qui parfois (souvent) dans le quotidien et avec son entourage est bien cachée.
Roland est un gémeaux, il est à double face. Pour le comprendre, il faut savoir ouvrir l’œil et peut être lire entre les lignes.
Je t’envoie deux pensées à méditer :
« Il n’y a que les routes pour calmer la vie » Roger Nimier.
« Un pèlerin ne revient jamais chez lui sans un préjugé en moins et une idée en plus » Thomas More.

Brigitte.(Bri-Bri d’amour )

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L’ânier de Saint Pierre

CONSEIL POUR RANDONNER AVEC UN ÂNE.

LA MARCHE :

Afin de maintenir la régularité d’un parcours, quelques conseils et quelques bonnes habitudes s’imposent :

1) Tout au long du parcours vous tiendrez l’âne en longe, pour éviter de vous faire marcher sur les pieds, tenez la longe de la main droite et tenez le licol avec votre main gauche à hauteur de la muserolle, vous maintiendrez l’âne à une longueur de bras, l’âne à toujours tendance à se rapprocher de vous, après un certain temps la position idéale viendra naturellement et vous pourrez lâcher la muserolle.

2) Chaque touffe d’herbe peut être une tentation pour cadichon, le randonneur doit être ferme, on ne broute pas quand on randonne, par contre une pause de 30mn, toutes les deux heures, à l’ombre et dans un endroit bien herbu sera l’idéal pour votre bourricot et pour vous reposer les gambettes.

3) Rappel : (UN ÂNE SE POUSSE, IL NE TIRE JAMAIS), si votre animal est récalcitrant, placer un marcheur devant, les autres derrière, il suffira d’agiter une petite branche et tout rentrera dans l’ordre, pas de coups, bien souvent la voix suffit.

4) Si l’âne vous échappe, laisser faire, il n’ira pas loin, c’est un jeu test de sa part auquel il ne faut pas se laisser prendre, car vous pourriez courir longtemps et il court plus vite que vous.
Surtout : EVITER DE CRIER ! Continuer à marcher normalement et parler lui simplement en lui proposant une friandise qu’il connaît bien Pain, Pomme, Sucre. Si cela ne suffisait pas contourner le pour lui bloquer la route, en mettant simplement vos bras en croix sans les agiter.
5) Si l’animal se refuse à traverser un ruisseau ou un pont ou bloque devant une plaque métallique :

3 solutions :
Primo : on peut essayer de lui mettre un vêtement sur la tête et faire une tentative, mais ce n’est pas gagné.
Deusio : La technique consiste à prendre la corde de 5 mètres, à l’attacher au licol, à la faire passer autour des fesses en la tenant d’une main, il suffira ensuite de tirer alternativement d’un coté puis de l’autre et votre âne avancera.
Tirso : Si les deux premières méthodes ne marchent pas, il faut trouver un autre chemin.

6) Ne criez jamais, restez calme et patient. Responsable de la randonnée, vous êtes le chef, mais surtout pas le despote :un âne « n’obéit » jamais, il doit comprendre d’abord, un âne n’est pas têtu, il réfléchi longtemps. Fort de cette philosophie les grands espaces vous sont promis.

CONSEIL pour BÂTER UN ÂNE :

1) Approchez toujours l’animal de face, parlez lui doucement et surtout ne le surprenez jamais avec des gestes brusques et des cris.

2) Préparation de l âne : Etrillez et brossez le en insistant particu-lièrement aux endroits ou repose le bât et au passage des sangles (du bon entretien de l’animal dépendra la réussite de votre randonnée).

3) Placer le tapis sur le dos en vérifiant qu’il n’y a pas d’épine ni de pli, ensuite poser le bât appuyé au creux de l’épaule en ar-rière du garrot. Le bât tient uniquement grâce à la sangle qui passe sous le ventre (La sous ventrière).Il est important de bien positionner la sous ventrière sur le sternum et non sur les cotes ou le milieu du ventre, cela empêcherait l’animal de res-pirer librement.

4) L’âne est malin, il gonfle son ventre lorsque vous positionnez la sous ventrière, laissez le s’habituer au bât et resserrez fer-mement une dernière fois. Les autres sangles (Avaloir et Bri-cole) sont préréglées, elles servent uniquement à empêcher le bât de glisser vers l’avant ou vers l’arrière en descente ou en montée.

LE CHARGEMENT :

1) Il est essentiel de bien équilibrer le chargement, il est très im-portant que les sacoches aient le même poids ! ! !
2) Pensez à votre âne, les objets durs et pointus ne doivent pas être contre les flans.
3) Respectez le centre de gravité du chargement : les objets lourds au fond des sacoches et les plus légers dessus.
4) Pour une bonne randonnée il est conseillé de ne pas charger votre brouette à quatre pattes au delà de 40 kg.
(Si vous avez un grand âne, vous pouvez mettre 20 kg de plus).
Mais vous connaissez le dicton, qui veut voyager loin mé-nage sa monture !

ET MAINTENANT BONNE ROUTE.